26/01/2016

Davos, entre bling bling et blablabla

Davos approche les cinquante ans. C’est un bel âge pour un symposium qu’une notoriété glanée depuis 1971 a désormais érigé au rang – au statut ? – d’organisation internationale presque égale aux G8 et autres réunions des grands de ce monde tenues hors des enceintes légitimement élues par la communauté des nations, ONU en tête.

Cette réputation, qui fait la fierté de la Suisse et tout particulièrement de Genève qui en abrite le siège, a peu à peu amené le Forum de Davos, devenu mondial en 1987, à non plus seulement servir d’hôtelier aux quelque 1500 dirigeants politiques et chefs d’entreprise qui s’y rencontrent chaque janvier, mais encore à publier tout au long de l’année une série de global reports distribuant bons et mauvais points aux pays passés au crible d’une batterie d’indices assez arbitrairement choisis.


Si la rencontre, qui attire les médias comme le miel, présente un côté bling bling plutôt déplaisant mais sans doute utile en ce qu’elle permet, justement, à des capitaines d’industries de croiser le chemin de chefs d’Etat ou de premiers ministres et de leur glisser au passage quelques mots fort utiles, elle est aussi, par les thèmes que les organisateurs du Forum empruntent à l’actualité, le réceptacle de beaucoup de platitudes.

D’où l’ironie de certains observateurs (l’économiste Charles Wypłosz sur la plateforme Telos), ou carrément l’indignation d’un Xavier Comtesse qui l’autre jour sur les ondes de la RTS dénonçait le blablabla servi en guise d’explication à ce que signifie, et pourrait impliquer pour notre pays, la quatrième révolution industrielle qui nous attend. Une révolution, disait-il, cela suppose des révolutionnaires, qui par définition contournent l’ordre établi et en cassent les codes, au lieu qu’ils se satisfassent des «conditions cadre» qu’on leur offre en guise d’encouragement à innover.

En ligne de mire, les fameux classements établis par le WEF dans ses reports, qui placent invariablement la Suisse parmi les dix premiers et parfois même au premier rang des pays les mieux dotés en qualités diverses, et par conséquent les plus innovateurs et les plus compétitifs. Or si tel était vraiment le cas, ce serait ici et non dans la Silicon Valley, à Cupertino ou Mountain View, que seraient nées les Apple, Google et autres Facebook, et c’est avec force encouragements à persévérer, et non interdiction d’exercer, qu’on y accueillerait les startups briseuses de codes. Certes, il y a l’EPFL et son Learning Center, le Campus Biotech de Sécheron, ou encore le Swiss Innovation Park de Zurich et ses antennes régionales. Mais peu des jeunes pousses incubées dans ces bâtiments futuristes grandissent vite. Et les plus prometteuses d’entre elles se font racheter par des groupes étrangers, faute de véritable capital-risque indigène.

Il y a de l’excès dans ces critiques, et le WEF mérite à tous points de vue d’exister. Mais comme dit le proverbe, tout passe tout lasse, y compris au sommet de la réputation. Aussi, au moment où son fondateur s’apprête à se retirer, le Forum serait bien inspiré de repenser ses buts, son offre et sa façon de considérer le monde. Quant à la station grisonne qui a eu l’heureuse idée de l’accueillir depuis ses débuts, elle redescendra sans peine sur terre, le jour où un déménagement s’imposera. Pour le bonheur des skieurs.

07:31 Publié dans Air du temps, Croissance, Futur, Genève, Humeur | Lien permanent | Commentaires (1) | |  Facebook | | |

Commentaires

Excellent mais peut-être que Davos tout comme d'autres sommets de l'inutile n'est finalement qu'un prétexte pour organiser des rencontre style Campus et qu'on pourrait aussi nommer Salons de Thé ou Clubs de rencontres entre ainés
Comme cela se fait au niveau Communal ou par contre les ainés eux ne sont pas payés pour blablater
Très bonne journée pour Vous Monsieur

Écrit par : lovejoie | 08/02/2016

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