19/01/2016

Pour sortir du franc fort, il faut entrer dans l'euro

A l’occasion du premier anniversaire de l’abandon du cours plancher par la Banque nationale suisse, dont on connaît les conséquences douloureuses pour les entreprises et l’emploi, plusieurs propositions récurrentes ont refait surface. Les unes, saugrenues ou impraticables, ont vite été rengainées: dévaluation (!) du franc, taxation des opérations de change, réintroduction d’un plancher. La BNS, de son côté, avait songé à l’arrimage à un panier de monnaies, avant d’abandonner l’idée jugée irréalisable.

A part une «amélioration des conditions cadre» qui sonne creux il faut en convenir, restent en lice, côté actif du bilan de la BNS (utilisation des euros achetés à la pelle), l’appel à la création d’un fonds souverain et lancement, côté passif (utilisation des francs créés en contrepartie), d’un grand emprunt fédéral pour financer des projets d’infrastructure.


Ces deux propositions sont évidemment rejetées par la banque, au motif qu’elles seraient au mieux étrangères, au pire nuisibles à la conduite de la politique monétaire, qui suppose une pleine et entière libre disposition des réserves de change.

On notera plus benoîtement qu’elles réduiraient l’indépendance de l’institution, indépendance que les trois membres de sa direction générale, qui sont – situation rarissime dans le monde ­– seuls à décider, tiennent naturellement à conserver.

L’évocation d’un fonds souverain heurte de plein fouet les convictions de ceux qui considèrent, à mon avis à tort mais cela se discute, que le gisement de francs tant convoité n’est en rien comparable aux gisements de pétrole ou d’autres matières premières qui ont donné naissance aux fonds souverains d’autres pays. Ces francs seraient le produit de pures opérations de change, en tout temps réversibles, et ne représenteraient en aucune manière un actif réel.

Il y a du syllogisme dans cette manière de voir les choses. Car les francs créés par la BNS résultent d’une tendance permanente, en tout cas vieille de plusieurs décennies, à l’appréciation du taux de change, et non d’un phénomène transitoire. Il s’agit donc bien d’une vraie richesse, dont il serait intelligent de chercher à profiter, plutôt que de simplement en souffrir.

Quant à l’idée d’un grand emprunt tirant parti du niveau pratiquement nul voire négatif des taux d’intérêt, elle contrarie moins de sensibilités. Son émission serait le fait de la Confédération et non de la BNS, qui n’a pas la libre disposition des francs mis en circulation. En revanche, elle entrerait en collision frontale avec le sacro saint frein à l’endettement, et poserait quelques problèmes distributionnels (effets d’éviction, inégalités de traitement entre emprunteurs, etc.).

En tout état de cause, l’une comme l’autre de ces deux propositions engendreraient un flot d’interventions parlementaires qui finiraient par en dénaturer l’effet et en reporteraient la mise en œuvre à la saint glin-glin, bien trop tard pour remédier aux conséquences d’un taux de change trop élevé.

Il y aurait bien une méthode plus radicale pour en finir avec le franc fort : renoncer au franc et intégrer la zone euro. Donc rejoindre l’Union européenne… Impensable ! Sauf que le jour, peut-être pas si lointain, où la voie solitaire apparaîtra décidément trop cher payée pour être suivie, il se dessinera une majorité en faveur d’une perspective considérée aujourd’hui comme totalement exclue.

09:23 Publié dans Banques centrales, gouvernance, Monnaie, suisse | Lien permanent | Commentaires (2) | |  Facebook | | |

Commentaires

Il existe une autre voie : renoncer à une intégration si forte avec l'EU afin de conserver notre indépendance politique et économique.

Moyennant cela, la pression sur notre monnaie baissera.

Écrit par : El Captain | 19/01/2016

Brillante analyse. Quant au raisonnement d'El Captain, il ne pourrait fonctionner que par l'absurde. Pour s'abstraire d'une intégration si forte avec l'UE, il faudrait commencer par déménager la Suisse géographiquement et la replanter au milieu de l'Atlantique, par exemple... Sinon, on peut effectivement couper les liens, mais ce serait au détriment de notre économie, ce qui ferait effectivement chuter la valeur du Franc. Mais à quel prix ?

Écrit par : Euro Phil | 19/01/2016

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