12/01/2016

La Suisse aurait-elle mangé son pain blanc ?

La montée du chômage en Suisse n’a rien d’inattendu, mais elle est suffisamment nette pour appeler quelques remarques sur ses causes.

Il y a tout d’abord, faut-il le répéter, les effets du franc fort. L’industrie suisse a beau s’illustrer par sa remarquable capacité d’adaptation aux vents contraires, le handicap monétaire commence à peser lourd, y compris dans les branches qui bénéficiaient jusqu’ici, pour toutes sortes de raisons, d’un avantage concurrentiel sur l’étranger.

Ensuite, les secteurs phares de la production helvétique – la pharmacie, l’horlogerie, les machines et instruments de précision, où la Suisse se classe parmi les dix premiers producteurs mondiaux – sont aussi ceux qui souffrent plus que proportionnellement du recul de la demande sur les principaux marchés.


A ce facteur conjoncturel s’ajoute, difficilement discernable, mais sans doute réel, un déplacement de cette même demande vers de nouvelles technologies que nos industriels, faute d’innovation ou tout simplement de réactivité, peinent à suivre. Le cas le plus frappant à cet égard est peut-être celui de l’horlogerie, qui est en passe de manquer le virage de la montre connectée comme elle avait manqué, dans les années 70, celui de l’électronique.

Mais il y a aussi un chômage structurel naissant, plus visible qu’ailleurs dans la banque, et bientôt sans doute dans l’ensemble du secteur des services. Ce qu’on appelle les fintech, autrement dit les entreprises qui marient de nouvelles technologies (l’Internet, le «big data», les réseaux) pour proposer de nouveaux services financiers concurremment aux services bancaires traditionnels, ces entreprises-là, la plupart du temps nouvelles, font éclater le cadre d’activités jusqu’ici protégées par la réglementation ou un ordre cartellaire insuffisamment démantelé. Les résistances des acteurs traditionnels (chauffeurs de taxis contre Uber, hôteliers contre Airbnb) retardent le changement, mais ne l’empêchent pas ; et d’autres secteurs, jusqu’aux plus complexes intellectuellement ou technologiquement, devraient tôt ou tard leur emboîter le pas : «medtechs», professions de la santé, tâches administratives, métiers du droit et de la comptabilité, fonctions d’enseignement, comme vient de le suggérer une étude récemment citée dans ces colonnes.

Cette révolution numérique vient heurter de front ce qui faisait jusqu’ici la force de l’économie suisse, son haut niveau de qualité et de précision, et risque par conséquent de réduire, jusqu’à parfois le faire disparaître, son avantage comparatif sur ses principaux concurrents. Ne lui resteront plus alors, car non numérisables, que ses conditions cadres : sa stabilité politique, la prévisibilité de son ordre juridique, la – encore – bonne santé de ses finances publiques, et… la crédibilité de sa politique monétaire.

C’est justement pour la sauvegarder, cette crédibilité, que la BNS a écarté toute éventualité de maintien et a fortiori de retour à un cours plancher qui aurait atténué la douleur de l’industrie exportatrice. On estime en haut lieu et même plus bas (dans certains médias et certaines facultés) que le grossissement de son bilan ne devait pas continuer. Voire. Gauche, syndicats et même certaines associations patronales mettent en balance l’orthodoxie monétaire ainsi obstinément suivie avec les emplois perdus ou en voie de l’être. Et penchent plutôt de ce côté-là. On ne peut leur donner entièrement tort.

07:57 Publié dans Chômage, Concurrence, Croissance, suisse | Lien permanent | Commentaires (5) | |  Facebook | | |

Commentaires

Quand vous parlez de la Suisse, vous parlez de qui ?

Écrit par : Joachim | 12/01/2016

La banque nationale suisse est une société anonyme !!

c'est quoi ce binz ?

Écrit par : Joachim | 12/01/2016

avez-vous parlé du libéralisme suisse? du code du travail suisse? des droits constitutionnels, fédéraux puis cantonaux, des suisses devant contre-balancer ce libéralisme?

Non. et avant cela, les syndicats ne font que jober au cas par cas.
Bref. ni droit du travail, ni droits constitutionnels des suisses, ni syndicats n'avancent.

pendant que tous droits sont ouverts à sociétés étrangères, pour employer tous étrangers à la Suisse, en concurrence aux suisses.

Devant plusieurs pelotes de fils de pouvoirs entremêlés, dont un tissus social national, va falloir trouver des priorités à défendre, ne pensez-vous pas?

Écrit par : suisse & genevois déshérité | 12/01/2016

comme si en Suisse la baisse de l'offre de postes d'emplois de salariés n'allait pas affecter le nombre de salariés inter tous continents, venus quoique trop peu qualifiés pour profiter du bon niveau salarial en cours à l'heure h de leur désir...

comme si ces nouveaux-venus de tous coins de l'UE et exogènes devaient mettre la Suisse en responsabilité de répondre à leurs attentes...

ma colère monte, mais je ne sais contre qui: face aux DRH étrangers de multis bénéficiant des meilleurs taux fisc en CH,

face à ces masses de chomdus venus en plaidant comme des réfugiés de France ou de Tombouctou avec leurs exigences au max dont religieuses dont rapatriement familiaux en Suisse payés par les actifs?

Écrit par : suisse & genevois déshérité | 12/01/2016

suisse & genevois déshérité, vous pouvez commencer par vous en prendre à ceux qui s'en prennent à vous !!

Écrit par : Corto | 13/01/2016

Les commentaires sont fermés.