05/01/2016

Encore une année sans inflation ?

Si, en regard de tant de déconvenues, la force du franc a eu ne serait-ce qu’un effet positif, c’est bien celui d’avoir maintenu inchangé le niveau des prix, et même de l’avoir maintenu en dessous de zéro. On s’attendait en général à ce que l’indice des prix à la consommation demeure stable en 2015, il se sera en réalité replié de quelque 1,5%, déjouant la plupart des pronostics, y compris ceux de la Banque nationale suisse, qui établit pourtant au millimètre ses prévisions d’inflation pour les trimestres à venir. Sa «prévision d’inflation conditionnelle» de décembre 2014 voyait en effet une hausse annuelle de l’indice comprise entre 0,0 et 0,2% pour la fin décembre 2015, moyennant un Libor (moyenne des taux d’intérêt à trois mois sur le marché interbancaire londonien) égal à 0,00%. Mais ladite condition sautait peu après, puisque le cours plancher devait disparaître le 15 janvier déjà, et le Libor, foi d’intérêts négatifs, passer à -0,75%.


Bonne, la surprise ne l’a cependant pas été à tous les points de vue. Le groupe de dépenses logement et énergie, qui pèse plus du quart de l’indice des prix, continue de s’inscrire en hausse (+1,2% à Genève à fin novembre, et même +1,6% pour le seul loyer). Les primes d’assurance-maladie, non comprises dans l’IPC – mais calculées séparément dans un IPAM (indice des primes d’assurance-maladie) qui pour ne pas affecter l’inflation «officielle» n’en amoindrit pas moins les revenus disponibles –, ont quant à elles augmenté de 2,5% l’an dernier. Et quand ils baissent, les prix d’autres catégories de dépenses ne le font pas de manière homogène, et reculent parfois de manière inattendue, ce qui renforce chez les consommateurs, surtout lorsqu’il s’agit de biens durables quoique, le double sentiment de frustration d’avoir jusqu’ici payé trop cher et d’avoir acheté trop tôt. Cette perception doublement négative pourrait finir par peser sur la consommation des ménages (qui absorbe tout de même plus de la moitié du produit intérieur brut) et transformer le risque de déflation, tel que le définissent les économistes, en une déflation véritable, ou si l’on préfère, hâter le passage d’une «bonne» à une «mauvaise» déflation, le pire qui puisse conjoncturellement nous arriver.

Mais ce n’est pas tout. L’absence persistante d’anticipations inflationnistes (à force de ne pas en constater, on finit par considérer l’inflation comme disparue à tout jamais) est ce qui explique que les taux d’intérêt soient tombés au point mort. Or sans rémunération de l’épargne, la magie des intérêts composés (qu’Albert Einstein aurait dit-on considérée comme la plus grande force de l’univers) n’opère plus, et tout ce qui repose sur eux – le IIe pilier, le fonds de l’AVS, les assurances vie, le business model des petites banques, et de façon générale l’utilisation efficace du capital – toutes ces choses essentielles sont remises en question.

L’absence d’inflation n’est donc pas, contrairement à la croyance générale, une bénédiction. Et comme 2016 ne devrait pas en connaître davantage que 2015 (alors que les primes d’assurance-maladie, c’est déjà annoncé, continueront de monter et le logement, soyons-en sûrs, d’augmenter), il y a de fortes probabilités que le sentiment de frustration demeure le principal frein au retour à l’humeur acheteuse des ménages.

Bonne année tout de même.

07:08 Publié dans Banques centrales, Croissance, Inflation/déflation, Monnaie | Lien permanent | Commentaires (1) | |  Facebook | | |

Commentaires

Attendons de voir ce la banque centrale nous réserve avec la hausse des taux ??

Et la crise au Moyen-Orient et de possibles guerres entre l'Iran et le reste du golfe !

Concernant la désinflation, je m'était déjà étalé sur votre blog, sauf erreur, c'est selon un de mes Prof, que D.ieu ait son âme, un danger pour toute forme d'économie, nous l'avions vu avec l'ex-union-soviétique !

L'inflation est saine, surtout si on la conjugue avec le niveau de circulation des devises.

Écrit par : Corto | 05/01/2016

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