15/12/2015

L'Etat peut dépenser sans augmenter ses charges courantes

Maintenant que la politique monétaire devenue hémiplégique (elle ne peut bouger les taux d’intérêt que dans le sens de la hausse) a perdu une bonne part de son efficacité, on est invité à tourner le regard vers le second volet de la politique conjoncturelle, savoir le maniement de la dépense publique. Bien que chaudement recommandé par les partisans d’une action volontariste de l’Etat, qui y voient l’unique moyen de suppléer la défaillance de la dépense privée, le recours au deficit spending est vigoureusement rejeté par les tenants de l’équilibre budgétaire, avec l’argument assez convaincant que la dette publique n’a – presque – jamais été aussi élevée.


 

Il y aurait pourtant un moyen de sortir de l’impasse, y compris dans les pays au légalisme appuyé (le nôtre par exemple) qui ont érigé le frein à l’endettement au rang de modèle absolu. Puisque l’Etat emprunte en ce moment à des taux d’intérêt négatifs, autrement dit qu’il aura moins à rembourser qu’il n’aura emprunté, il a provisoirement la faculté extraordinaire – qui n’est en tout cas pas donnée à chacun – de dépenser sans alourdir son déficit courant. Il pourrait donc mettre à profit cette fenêtre de financement pour lancer quelques-uns des programmes d’investissement qui dorment au fond de ses tiroirs, et notamment ceux qui lui permettraient de rattraper le retard qu’il a accumulé dans la mise à niveau des infrastructures.

Le propre des investissements de ce genre, fera-t-on valoir, est qu’ils entraînent des  frais d’entretien qui perdureront bien au-delà de la période des taux nuls ou négatifs. L’objection est évidemment de taille, mais elle est contournable.

Premièrement, la stimulation conjoncturelle engendrée par des dépenses publiques supplémentaires aura pour effet de favoriser le retour à l’équilibre budgétaire, pour autant bien entendu que les programmes en question consistent en investissements productifs. Par quoi il faut comprendre qu’outre leur impact immédiat sur la demande globale, ils s’accompagneront d’«externalités positives» : gains de productivité, amélioration des qualifications, diminution de la consommation d’énergie, raccourcissement des temps de trajet, etc.

Deuxièmement, dans un système fermé où le pot est commun au bout du compte, la dette des uns est compensée par la fortune des autres. Concrètement, au surendettement genevois qui bloque tout, répond la situation budgétaire enviable d’autres cantons ou, mieux encore, de la Confédération. Pourquoi alors ne pas imaginer que celle-ci ou ceux-là consentent à l’Etat de Genève des avances sur les parts cantonales (tout comme d’ailleurs, à l’époque, le riche canton de Zurich en avait consenties à la Confédération pour le financement de ses routes urbaines express, avant que celle-ci ne lui rende la pareille lorsqu’il s’est agi de financer la construction de la gare souterraine dite «diamétrale»).

Enfin et troisièmement, entre protagonistes publics et privés, des partenariats sont possibles qui laissent la main aux premiers et le financement aux seconds, à l’instar de ces arrangements passés entre entreprises qui permettent aux unes de prendre le contrôle des autres sans débourser un seul sou, ces dernières ayant avancé aux premières les sommes nécessaires. Pour les détails, se référer au savoir-faire des grands cabinets de conseil…

07:22 Publié dans Banques centrales, Croissance, Démocratie, Dette, Inflation/déflation, suisse | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | |

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