08/12/2015

Une enseignante dit basculer dans la pauvreté... Qu'en est-il?

«J’ai honte de basculer dans la pauvreté», confiait récemment une enseignante genevoise dans les colonnes de ce journal. L’aveu, sans aucun doute sincère, de cette préretraitée du DIP a dû ébranler plus d’un lecteur. Et l’amener à s’interroger sur ce qui a pu engendrer pareil sentiment chez une personne – qu’on se gardera bien de juger, faute de connaître sa situation familiale et pécuniaire – qui s’apprête à vivre avec une rente AVS qu’on suppose pleine, et un 2e pilier d’environ 2500 francs selon ses dires. Soit, au total et en chiffres ronds, 4850 francs mensuels, qui correspondent à 65% du salaire médian genevois et à un peu moins, mais tout de même, de 56% du salaire médian calculé pour le secteur public, évalué à 8'666 francs en 2012.


A ces taux-là, si l’on a bien compris les statistiques, la moitié des fonctionnaires genevois seraient sur le point de basculer dans la pauvreté, alors même que les objectifs constitutionnels de maintien d’un niveau de vie approprié, généralement interprétés comme correspondant à près de 60% du dernier salaire, seraient en l’occurrence respectés.

Le sentiment de pauvreté est évidemment subjectif, mais tout de même. On s’accorde généralement à fixer le seuil de pauvreté en Suisse à quelque 2500 francs pour une personne vivant seule, et un peu moins de 3500 francs pour une famille monoparentale avec 2 enfants. Admettons que ces seuils doivent être relevés pour tenir compte de la cherté de la vie à Genève (ceci expliquant d’ailleurs cela).

Reste donc, pour notre future retraitée, une marge qui ne confine certes pas à la richesse, mais permet néanmoins de vivre normalement, d’autant que les seuils estimés par les statisticiens s’appliquent à des sujets professionnellement actifs, et par conséquent confrontés à des dépenses liées à l’acquisition du revenu dont les retraités sont par définition exemptés.

De surcroît, les seuils d’imposition (particulièrement élevés à Genève, comme ce journal le rappelait récemment), de droit à des prestations automatiques et à d’autres allègements spécifiquement genevois (subsides d’assurance maladie, etc.), ne sont ici pas pris en compte.

Bien entendu, les fonctionnaires ne sont pas tous logés à la même enseigne. Tous n’ont pas travaillé à plein temps, et tous n’ont pas travaillé durant les 40 années et quelque qui donnent droit à une rente entière. Pour autant, et même si ces situations variables ne découlent pas toujours de choix de vie, elles ne suffisent pas à faire basculer ceux des salariés du secteur public qui les ont connues dans ce que notre enseignante qualifie de pauvreté. Laissons cet état définir le sort de ceux, «working poors», réfugiés, invalides, qui sont effectivement sans ressources ou dont les revenus ne couvrent pas le minimum vital.

Il y en a à Genève (le Conseil d’Etat recensait 1700 familles pauvres en 2011), et il y en a trop dans certaines communes ou quartiers de la Ville, si l’on en croit les relevés des écarts de revenus établis par l’Office cantonal de la statistique. Mais les fonctionnaires et singulièrement les enseignants, heureusement pour eux, ne comptent sûrement pas parmi les déshérités.

Commentaires

Monsieur,

Vous prenez parti contre cette enseignante qui a pourtant adressé en bonne et due forme tous les documents du Service Financier de l'Etat, en pièce jointe, à la Tribune de Genève. Par ailleurs, vous omettez de citer tous les chiffres qu'elle évoque dans sa lettre de lectrice et vous en modifiez certains.

Les voici donc encore une fois pour vous : CHF 1'683,55.- de rente-pont AVS (préretraite) à 62 ans après avoir travaillé pendant 37 ans au DIP comme enseignante à 80%. CHF 2'500.- de deuxième pilier. Par conséquent, cette famille monoparentale de trois personnes basculera donc dans la pauvreté que vous le vouliez ou non.
Ensuite, dès 64 ans : CHF 2'190.- de retraite (déjà calculée) et non pas le chiffre que vous évoquez, et le même montant de deuxième pilier.
Factures mensuelles : loyer, assurances maladie de base pour trois personnes dont deux jeunes adultes, nourriture pour trois personnes, habits, chaussures, abonnements TPG pour trois personnes, loisirs. Je vous laisse faire vos calculs tronqués car cette famille basculera dans la pauvreté que vous le vouliez ou non.
Pour terminer, vous citez le 56% d'un salaire de CHF 8'666.- que cette famille n'a jamais touché car le chef de famille, soit moi-même, travaillait à 80% pour des raisons familiales.

Je vous demande donc, pourquoi vous souhaitez occulter une réalité financière qui est celle vécue par une famille dont la mère que je suis était enseignante? Pourquoi chercher à travestir cette réalité avec des chiffres faux ou que vous omettez et qui ne correspondent pas à NOTRE réalité financière? Pour terminer, pourquoi pensez-vous que le Service du Personnel de l'Etat que nous avons rencontré nous a proposé de recourir à l'Hospice Général ? Souhaitez-vous le contacter ?

Meilleures salutations.
Priscilla ALBRECHT
Future préretraité du DIP basculant avec sa famille dans la pauvreté.

Écrit par : Albrecht Priscilla | 08/12/2015

Depuis la fin de l'Etat de droit à Genève consacrée par la prolifération de transporteurs illégaux qui pratiquent avec des véhicules vaudois et valaisans sans risque d'être inquiétés par les autorités, les chauffeurs de taxis ne parviennent pas au seuil minimal de 5000.- de chiffre d'affaire. Ils tournent plus de dix heures par jour et six jours par semaine sans pouvoir payer les factures. On ne parle pas de l'AVS qui se situe aux environs de 1500.- et qui concerne plus de deux cents chauffeurs qui sont obligés de s'accrocher au volant jusqu'à point d'âge pour assurer leur survie. La situation est explosive.

Écrit par : PIerre Jenni | 08/12/2015

Je crains que Mme Albrecht mente par omission en oubliant de mentionner les différentes aides auxquelles elle a droit. Aide au logement par exemple, aide au paiement des assurances maladies ou encore les allocations familiales qui pour deux jeunes adultes aux études se montent à 800 francs par mois...
En partant du principe que ses enfants ne touchent pas en sus de pension alimentaire ou d'une pension héritée d'un père défunt, puisqu'elle ne dit rien de cet aspect des choses.
Par ailleurs, jeune adulte aux études, quand on n'a qu'une mère de plus de soixante ans pour s'occuper de vous, on pourrait peut-être songer à travailler un tantinet pour arrondir ses fins de mois ou en tout cas payer ses loisirs. De mon temps...

Écrit par : Juste de passage | 08/12/2015

Madame Albrecht, merci pour cet exemple probant d'indécence !
A vous seule, vous résumez la situation et justifiez le raz-le-bol du plus grand nombre. Je suis sidéré que vous osiez. Votre témoignage est du pain béni pour vos ennemis.

Écrit par : PIerre Jenni | 08/12/2015

Situation qui me paraît bizarre. si vous prenez votre retraite et avez des enfants en formation (apprent. ou études) vous recevrez une rente (de 20% de la votre) pour chacun d'entre eux (jusqu'à la fin de la formation ou sa 25ème année). S'ils ont plus de 25 ans, on peut estimer qu'ils soient capables de travailler donc de gagner leur vie (et parallèlement de vous aider!). vraiment j'ai de la peine à comprendre votre situation.

Écrit par : uranus2011 | 08/12/2015

Albrecht Priscilla, pauvre chouchoute du DIP! faut la rassurer

la baisse des moyens est inéluctable, et c'est comme le capital-vie, faut s'y adapter!

tout le monde doit apprendre à vivre avec beaucoup moins d'argent - pensez à l'environnement

Votre revenu de préretraite à 62 ans vous mécontente? Quand avez-vous commencé à travailler? Combien d'heures/jr/semaine/mois/an?

mon AVS est à 1220 CHF/mois + retraite allemande 116 EU (fonctionnaire 4 ans en hosto), ai bossé dès mes 18 ans jusqu'à âge retraite plein pot,

ma formation, internationale, n'a rien coûté, mes emplois ex UE ne rapportent rien en terme de retraite, ai élevé solo 1 enfant, n'ai jamais bénéficié de quelconque subsides, ni héritages ou autres

Seul truc: ai épargné et dépensé selon mes moyens, jamais d'emprunt sauf 1 immo sur 15 ans, toujours payé des impôts;

pour mémoire, le 2me pilier n'existe que sur 1 partie de nos vies; mais les seuls emplois de senior licencié, dans le privé, car trop cher, ne sont que des tempos, sans cotisation au 2me pilier.
Ce qui résulte en un 2me pilier sur compte bloqué jusqu'à retraite, en mini-rente ou mini capital.

Bref, études et diplômes obtenus pour mon fils. dans la pauvreté. Nous sommes pauvres. mais dignes.

1 suggestion: trouvez une solution au lieu de vous plaindre

Écrit par : suisse & genevois déshérité | 09/12/2015

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