24/11/2015

La richesse des Suisses

Côté finances, si l’on en croit les statistiques compilées par la Banque nationale suisse, les ménages helvétiques s’en sortent plutôt bien puisque, à fin 2014, leur patrimoine net – leurs comptes, placements, immeubles, moins leurs dettes – s’élevait à quelque 405'000 francs par habitant. C’est plus que partout ailleurs dans le monde, et cela ne cesse d’augmenter : +40% depuis l’an 2000.


Mais ce bonheur patrimonial n’est pas uniformément partagé, et recouvre des valeurs pour le moins disparates. Tout le monde, d’abord, n’est pas investisseur qualifié, et les propriétaires immobiliers ne sont qu’une faible minorité. Aussi, les gains boursiers qui ont enrichi les premiers et les plus-values qui ont profité aux seconds ne disent rien de l’évolution effective du bien-être général. Tout ce que l’on sait est que la richesse est plutôt mal répartie en Suisse, l’indice de Gini (coefficient qui mesure l’inégalité des revenus sur une échelle allant de 0, égalité parfaite, à 1, inégalité absolue) calculé par le PNUD des Nations Unies plaçant notre pays au 32e rang mondial, quelque part entre le Yémen et l’Arménie.

Ensuite, une bonne partie du patrimoine des ménages helvétiques est formée de leurs droits sur les assurances et les caisses de pensions, autrement dit de l’épargne qu’ils ont accumulée, de manière plus ou moins forcée, en prévision de leur retraite. Or cette part est non seulement d’inégale importance, elle est aussi, pour partie, sérieusement invalidée par le mode actuel de fonctionnement des institutions de prévoyance, dont certaines, faute de rendements suffisants ou structurellement déséquilibrées, puisent en fait dans l’avoir des uns (les cotisants) ce qu’il leur faut pour compléter le financement des rentes promises aux autres (les retraités). Cette chaîne de Ponzi qui ne dit pas son nom n’est évidemment pas captée par l’instantané que constitue la statistique des patrimoines.

Cela étant, le sort des mieux nantis n’est pas gravé dans le marbre. La crise de 2008, par exemple, avait fait plonger d’un bon tiers la valeur de leurs placements, quelque 240 milliards de francs étant partis d’un seul coup en fumée. L’immobilier non plus n’est pas à l’abri de soudaines moins values. Entre 1989 et 1997, il avait perdu presque autant selon l’indice de référence IAZI/CIFI, revenu de 150 à 100, alors que la dette hypothécaire, fixe en termes nominaux, n’avait évidemment pas bougé. La remontée des prix intervenue depuis lors a eu inversement pour effet d’alléger le poids de cette dette, qui ne représente plus que 40% de la valeur totale du patrimoine immobilier, alors qu’elle en représentait plus de 45% il y a quinze ans. Mais tout est ici affaire de perspective. Selon que l’on se place sous l’angle du propriétaire foncier ou celui de la banque qui a prêté, on mettra l’accent sur cet allègement de la charge hypothécaire ou, au contraire, on s’inquiètera de ce qui demeure malgré tout, en termes absolus, une augmentation de l’endettement de plus de 70% entre 2000 et 2014, soit au bas mot 312 milliards de francs venus s’ajouter aux 427 milliards qui faisaient déjà des Suisses, à l’époque, les ménages les plus endettés du monde…

07:19 Publié dans Croissance, suisse | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | |

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