17/11/2015

Franc fort, à force de couper dans le gras…

Retombe-t-on en récession ou, comme le suggère The Economist, entame-t-on un troisième épisode de l’histoire de la dette, celui, après la crise des subprime puis celle de la zone euro, d’un effondrement des marchés émergents ? Vue d’ici, cette succession de déconvenues financières a longtemps semblé pour l’essentiel nous épargner.

Mais voici que la Suisse entière, et Genève en particulier, affrontent des vents décidément contraires : perspectives budgétaires alarmantes, licenciements collectifs, exportations en recul, délocalisations rampantes, tous symptômes annonciateurs de lendemains qui ne chantent guère et replacent ce pays à l’intérieur du cadre qui est le sien qu’il le veuille ou non, savoir celui d’une Europe désorientée, ou plutôt, d’une économie mondialisée aux prises avec d’inextricables difficultés à retrouver son aplomb.


Ce qui est sûr, c’est que le psychodrame du franc fort va connaître un nouveau rebondissement avec la discrépance de plus en plus marquée des évolutions conjoncturelles, qui incitent l’autorité monétaire américaine à préparer un resserrement tandis que la Banque centrale européenne s’apprête à prendre le chemin exactement contraire. Le franc, monnaie refuge, va donc se retrouver à équidistance des deux devises majeures, l’une, le dollar, remontant rapidement la pente, l’autre, l’euro, renouant avec sa tendance baissière.

Il ne sera pas simple de s’opposer à une nouvelle appréciation du franc par rapport à la monnaie unique. L’instrument des intérêts négatifs appliqués aux avoirs à vue des banques auprès de la Banque nationale suisse, déjà portés à -0.75%, n’a pas eu d’effets majeurs sur la demande de francs, et les porter à un niveau encore plus élevé risquerait d’inciter un nombre de plus en plus grand de banques à en répercuter la charge sur les dépôts de la clientèle, engendrant du même coup toute une série de distorsions dans le mécanisme délicat de l’intermédiation bancaire. Quant aux interventions directes sur le marché des changes, on sait qu’elles entraînent un gonflement du bilan de la BNS jugé excessif et même insupportable, puisque aussi bien le cours plancher a été abandonné à l’insistance, pourrait-on dire, d’une partie majoritaire de la classe dirigeante effrayée par l’accumulation de tant de milliards.

Depuis quelques mois c’est vrai, les eaux sont devenues plus calmes, et même si les pressions à la hausse du franc n’ont pas disparu (l’euro peine à remonter au-dessus des 1.07-1.08 franc, alors qu’un objectif implicite de 1.10 franc semblait se dessiner), les comptes rendus périodiques de la BNS n’attestent pas d’augmentation significative des réserves de change. Mais que de nouvelles tensions apparaissent dans la zone euro, et l’on pourrait bien se retrouver dans une situation comparable à celles qui, aux deuxièmes trimestres de 2010 et 2012, avaient conduit à des interventions massives, puis à fin 2014 à l’abandon du cours plancher.

La grande différence, c’est qu’aujourd’hui l’économie fléchit, et qu’un franc décidément trop fort n’est plus compensé par les efforts de rationalisation du commerce et de l’industrie, ni adouci par les quelques améliorations des conditions cadre d’ores et déjà mises en œuvre. A force de tailler dans le gras, on finit par toucher l'os.

07:14 Publié dans Banques centrales, Concurrence, Croissance, Dette, Europe, Finances, Industrie, Monnaie | Lien permanent | Commentaires (1) | |  Facebook | | |

Commentaires

Existe-t-il une autre solution, pour sauver notre économie et le plein emploi que de rentrer dans l'euro ?

Écrit par : Phil Euro | 18/11/2015

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