03/11/2015

Un 2e pilier sans avenir?

vieux marionnettes.jpgAux taux actuels, plus bas que jamais, les régimes de prévoyance fondés sur l’accumulation de capitaux n’ont pas d’avenir. Ce n’est pas moi qui le dis, mais le professeur bâlois Heinz Zimmermann, lors d’un forum qui s’est tenu à St-Gall.

L’économiste – dont ce n’est pas le premier avertissement – a mis le doigt sur les incohérences du système de retraites par capitalisation tel que la Suisse l’a façonné et ancré jusque dans sa Constitution, où l’on peut lire à l’article 113 que la prévoyance professionnelle, conjuguée à l’AVS, doit permettre à l’assuré de «maintenir de manière appropriée son niveau de vie antérieur». Concrètement, ce niveau approprié a été arrêté à 60% environ du dernier salaire.


L’obligation étant ainsi faite aux caisses de pensions de garantir leurs prestations, et les moyens techniques d’y parvenir (barèmes de cotisations, intérêt minimal sur l’avoir vieillesse, taux de conversion, etc.) leur étant prescrits, ces caisses n’ont d’autre choix, lorsque les taux d’intérêt sont pratiquement nuls voire négatifs, que de s’engager dans des placements risqués pour atteindre les rendements nécessaires, ce qui est parfaitement contradictoire avec l’impératif de sécurité.

Aussi conviendrait-il, selon Zimmermann, de distinguer clairement objectifs et prestations de prévoyance, et financer ce qui doit être garanti (le maintien d’un certain niveau de vie) par le biais de la répartition, et laisser le reste au libre arbitre de chacun. Au lieu d’entretenir la fiction d’une sécurité apportée par la capitalisation, l’avoir vieillesse accumulé par chaque assuré sur «son» compte se trouvant en réalité noyé dans la fortune de la caisse à laquelle il est affilié et qui, faute de rendements suffisants, puise dans le pot commun ce qui lui est nécessaire pour financer les rentes courantes, ou risque tout simplement de glisser peu à peu vers l’insolvabilité et tomber finalement en faillite.

La répartition, ce ne peut être que l’Etat qui l’assure et l’organise, comme il l’a déjà fait pour l’AVS. Ce qui ne signifie pas pour autant, contrairement à ce qu’affirment d’aucuns, que le financement de cette dernière soit à l’abri de mauvaises surprises. L’évolution démographique met en péril l’équilibre entre recettes et dépenses du 1er pilier, la base des cotisants tendant à se rétrécir tandis que le nombre de rentes augmente et que leur durée s’allonge.

Faux ! s’écrient gauches et syndicats, qui brandissent les derniers bilans de l’institution et pointent les progrès de productivité qui en ont grossi les sources de financement. Sauf que les rentes AVS qu’ils présentent comme aisément financées sont encore, après indexation, équivalentes à celles des années 70 qui correspondaient alors à quelque 25% du salaire médian, alors qu’aujourd’hui elles en représentent moins de 18%. Ce ne sont évidemment pas les rentes qui ont baissé, mais les salaires qui, grâce justement à la productivité, ont augmenté, et avec eux un coût de la vie que l’AVS est bien en peine de rattraper. Ajoutez à cela un 2e pilier flageolant, et vous admettrez que l’objectif constitutionnel de «maintien d’un niveau de vie approprié» est devenu hors d’atteinte.

Que faire? Eh bien accepter l’évidence, relever l’âge de la retraite, abaisser le taux de conversion, et s’accommoder bon gré mal gré de toutes ces réformes auxquelles, en Suisse comme ailleurs, on préférerait tant tourner le dos.

09:19 Publié dans Banques, Capital, Croissance, Dette, Financement des retraites | Lien permanent | Commentaires (2) | |  Facebook | | |

Commentaires

Quand je pense avec quelle suffisance mes professeurs d'économie assénaient que l'AVS n'était pas viable et que le seul salut viendrait des 2ème et 3ème pillier.

Quels bandes de sots, ils n'avaient pas prévu les taux d'intérêts négatifs.

Donc, maintenant, à qui profite le maintien de deux systèmes, dont l'un (le 2ème pillier) devenu caduque de part les taux d'intérêt négatifs ? Ce sont les intermédiaires financiers bien sûr ! Ceux qui dépensent des millions en lobbying pour maintenir leur gagne-pain, alors que la solution raisonnable et de renforcer l'AVS - qui fonctionne contre vents et marées, car les taux sont adaptables d'année en année.

Écrit par : El Captain | 03/11/2015

L'autre solution sur laquelle le souverain sera prochainement appelé à se prononcer, c'est le revenu de base inconditionnel (RBI).
La Suisse aura le privilège d'être le premier pays à renvoyer aux calendes grecques ce projet puisque les deux chambres l'ont déjà unanimement écarté sans contre-projet. Et pourtant, ce modèle risque bien de s'imposer dans le monde entier dans les prochaines décennies.
Les Suisses ne sont pas connus pour leur témérité.

Écrit par : PIerre Jenni | 03/11/2015

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