27/10/2015

Grandes banques géants fragiles ?

L’une des règles d’or en matière de concurrence est que les conditions doivent être les mêmes pour tous. Or si l’idée est simple, sa mise en œuvre s’avère en pratique assez compliquée, en particulier dans le secteur financier, et surtout lorsqu’elle s’applique aux banques dites «too big to fail», trop grosses pour qu’on les laisse partir en faillite, tant les dégâts que cela occasionnerait à l’ensemble de l’économie seraient immenses.


Le propre de ces banques «TBTF» est que, sachant qu’au pire l’Etat volera à leurs secours, elles sont incitées à prendre des risques supérieurs à ceux que d’autres établissements seraient disposés à encourir. Elles bénéficient donc par ce biais d’un avantage concurrentiel indirect, que le régulateur peut chercher à compenser en soumettant ces banques dites systémiques à des règles plus sévères que celles applicables au reste du secteur.

C’est ce que le Conseil fédéral vient de facto de décider, s’agissant des normes de fonds propres désormais imposées à nos deux grandes banques, qui devront respecter d’ici fin 2019 un ratio minimum de 5% entre leurs fonds propres et le total de leur bilan (dit leverage ratio), et de 14.3% entre leurs fonds propres et leurs actifs pondérés (pondérés en fonction des risques, selon des échelles internationalement établies et appliquées en Suisse via l’ordonnance sur les fonds propres).

Ces ratios correspondent peu ou prou à ceux qu’atteignent la plupart des grandes banques américaines ou britanniques (les JP Morgan, Citigroup, Goldman Sachs, HSBC, etc.), et sont censés permettre d’éviter la répétition des événements ayant conduit à la disparition de Lehman Brothers et tout ce qui s’en est suivi.

En Suisse, c’est évidemment le sauvetage in extremis d’UBS, en octobre 2008, qui a sous-tendu les réflexions du groupe de travail chargé de proposer les moyens d’éviter la répétition d’un pareil événement, et c’est cet objectif-là que le Conseil fédéral a déclaré viser en durcissant les normes de fonds propres applicables à nos deux grandes banques. Pas question, dit-il en substance, qu’en cas de nouvelle crise l’assainissement ou la liquidation d’une banque d’importance systémique se fasse sur le dos du contribuable.

Le cas d’UBS montre pourtant que son sauvetage n’a pas coûté un centime au contribuable. La Confédération a même empoché in fine un gros bénéfice, et la BNS n’y a pas perdu des plumes, loin de là. Si perte il y a eu, elle a été entièrement supportée par les actionnaires de la banque, dont la capitalisation boursière a chuté de 154 milliards à fin 2006 à moins de 45 milliards au 31 décembre 2008. En revanche et par comparaison, le contribuable genevois a payé cher le sauvetage de sa banque cantonale, loin pourtant d’être considérée comme systémique !

Il n’est donc pas certain que le renforcement des ratios de fonds propres des grandes banques modifie en quoi que ce soit la probabilité et les conséquences d’un nouvel accident bancaire, et même si, portés à 5% au minimum, ces ratios semblent dorénavant couvrir la pire des pertes imaginables (celle qu’avait subie UBS correspondait à 2% de ses actifs à l’époque), ils demeurent faibles en soi, et ne suffiraient certainement pas à couvrir un vrai krach, vu l’importance démesurée du bilan de chacune de nos grandes banques par rapport au produit intérieur de la Suisse.

06:26 Publié dans Banques, Finances, Finances publiques, Genève | Lien permanent | Commentaires (2) | |  Facebook | | |

Commentaires

Certains semblent penser que c'est un coup d'épée dans l'eau.
http://www.domainepublic.ch/articles/28339

Écrit par : PIerre Jenni | 29/10/2015

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