20/10/2015

Le Röstigraben des économistes

les 20 économistes les plus influents CH.jpgLa disparition récente d’Andreas Höfert, un économiste en chef d’UBS très apprécié en Suisse romande par tous ceux qu’intéresse l’évolution monétaire et conjoncturelle, a passé relativement inaperçue en Suisse alémanique, tandis que la plupart des médias romands consacraient de longs hommages à ce Genevois de naissance. Cette différence frappante d’attention de part et d’autre de la Sarine m’a rappelé un «palmarès des économistes ayant le plus d’influence en Suisse» («Welche Ökonomen in der Schweiz den Ton angeben») paru dans la NZZ le 5 septembre.


Parmi les vingt personnalités jugées les plus marquantes en fonction de trois critères (présence dans les médias, influence sur la politique, performance en matière de recherche), on ne comptait que deux économistes évoluant en Suisse romande, l’un, au quatrième rang, enseignant à l’Université de Fribourg, et le second, au quinzième rang, professant à celle de Lausanne. En 2014, le même palmarès comptait encore, à la vingtième place, un troisième représentant romand, enseignant à la Haute école de gestion de Genève. Cette année, le premier Genevois n’apparaît qu’au vingt-cinquième rang, et le suivant, au quarante-neuvième…

Un semblable écart de notoriété se retrouve au palmarès des hautes écoles et institutions les plus influentes. Derrière, évidemment, l’Université de Zurich citée 803 fois et celles de St-Gall (748 citations), Berne (447) et Fribourg (410), il faut descendre à la neuvième place pour trouver celle de Lausanne (157), et descendre même au fond du classement pour dénicher l’Alma Mater genevoise (81), coincée au dix-neuvième rang entre la Johannes Gutenberg-Universität de Mayence et le DIW de Berlin.

Ces distorsions ont bien sûr pour origine première le fait que les audiences mesurées le sont à travers un prisme suisse-alémanique et qui plus est zurichois. Vues d’ici, de telles procédures donneraient de tout autres résultats, qui feraient sans doute la part belle à des personnalités du cru ou à des pointures françaises, souvent citées dans nos journaux ou régulièrement convoquées sur nos ondes.

Mais elles illustrent surtout à quel point le fossé est profond entre Suisse romande et Suisse alémanique dans des domaines, l’analyse et le commentaire macro économiques, dont on s’attendrait qu’ils surmontent l’obstacle des langues. Après tout, la lingua franca en ces matières est plutôt l’anglais, dans l’une comme dans l’autre de nos régions linguistiques. Le fait est d’autant plus frappant que lorsqu’il s’agit non plus de visions académiques mais d’économie réelle, les patrons d’entreprises d’une certaine taille – ceux de Nestlé, Givaudan, Bobst, Swatch, etc. – trouvent facilement le chemin des médias suisses-alémaniques.

La Bourse suisse – où presque toutes ces entreprises sont cotées, de sorte que la part de leur capital dit flottant trouve naturellement place dans les portefeuilles d’institutions de prévoyance indistinctement logées à l’est ou à l’ouest du pays – apparaît ainsi comme un facteur d’intégration plus efficace que le monde universitaire. Il est vrai que la manière de raisonner en termes économiques diffère sensiblement selon que l’on se rattache aux écoles de pensée françaises ou germaniques, les premières ayant logiquement formé des générations d’enseignants et trouvé leur public en Suisse romande, tandis que les secondes ont essaimé en Suisse alémanique. Mais tout cela reste bien entendu à prouver.

 

22:20 Publié dans Air du temps, Banques suisses, gouvernance | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | |

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