06/10/2015

Franc fort: aux grands maux les grands remèdes

franc 1.jpgLa Suisse paie cher la défense contre vents et marées de sa souveraineté monétaire. Naguère justifiée par une stabilité des prix et des taux d’intérêt plus bas qu’ailleurs, l’indépendance de sa banque centrale est remise en question depuis que l’inflation a disparu et que les taux sont partout proches de zéro : non seulement le franc reste fort alors que les différentiels qui pouvaient le justifier ont été emportés par la crise, mais encore l’économie d’exportation continue de souffrir malgré une conjoncture européenne – celle de son principal débouché – désormais en pleine convalescence.


Pour couronner le tout, l’adoption puis l’abandon précipité d’un objectif de change ont sévèrement entamé la crédibilité de l’autorité monétaire, que des voix de plus en plus nombreuses entendent soumettre à une forme de contrôle politique qui reste à définir. Le débat s’élargit à l’ensemble des médias, qui ouvrent leurs colonnes aux prises de position les plus diverses, d’anciens dirigeants de l’Institution volant au secours de leurs successeurs à d’éminents économistes pesant le pour et surtout le contre de chaque proposition posée sur la table.

On en vient ainsi à examiner sous toutes les coutures l’une des plus originales de ces nouvelles idées, celle qui voudrait que la Suisse s’inspire de ce que la Norvège et Singapour notamment ont tenté, avec succès jusqu’ici, savoir la mise sur pied d’un fonds souverain financé directement ou indirectement par leurs excédents de réserves.

La BNS y est évidemment opposée, voyant dans un tel détournement d’une partie de son bilan au profit d’objectifs qui lui sont totalement étrangers une dangereuse entrave à la conduite de sa politique monétaire. D’aucuns vont jusqu’à considérer qu’il y a une différence sidérale dans la nature même des excédents en question, selon qu’ils découlent d’une «vraie richesse» (l’exportation de pétrole par exemple) ou de «simples liquidités» créées par les interventions sur le marché des changes et destinées à être épongées à la première occasion.

L’argument, à première vue imparable, est néanmoins sujet à discussion.

Un franc fort, d’où tout découle, n’est pas le résultat purement nominal de la politique suivie par la BNS. Il est le produit d’une performance économique redevable au comportement de tous les acteurs de ce pays, salariés, entreprises, administrations publiques (jusqu’à un certain point), fait d’économicité et d’ingéniosité, et débouchant sur un surplus d’épargne qui faute de mieux se trouve parqué sous forme de réserves monétaires surnuméraires.

Les francs créés pour contenir le taux de change n’ont donc rien d’artificiel. Ils sont au contraire la contrepartie d’un actif réel, qu’il serait judicieux de pérenniser, en partie au moins, sous forme de participations productives ou d’investissements en infrastructures dont la Suisse, comme d’autres, a un criant besoin. L’objection selon laquelle la liberté d’action de la BNS s’en trouverait entamée ne résiste pas à l’analyse, puisque les réserves de change préexistant à la défense d’un taux plancher y suffisaient déjà largement.

A moins de se persuader qu’un jour son cours pourrait s’effondrer, ce qui n’est encore jamais arrivé dans son histoire, pourquoi ne pas tirer parti, plutôt que de s’en plaindre, de l’attrait irrésistible que le franc exerce sur le reste du monde ? Un peu d’audace, que diable ! 

09:49 Publié dans Banques centrales, Croissance, Démocratie, suisse, Zone euro | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | |

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