16/06/2015

Obligations, le piège fatal

1000 francs.jpgContraintes par la loi ou amenées à s’y conformer par la force de l’habitude, les institutions collectives allouent une part importante voire prépondérante de leur fortune aux placements en valeurs à revenu fixe, et de préférence en obligations d’emprunts d’Etat. Les caisses de pensions suisses leur consacrent 35% de leurs avoirs ; les assureurs-vie, jusqu’à deux fois plus s’agissant de la fortune liée à leurs engagements, notamment vis-à-vis des premières nommées.

Bref, l’idée conventionnelle selon laquelle absence de risque rime avec créance sur débiteur souverain et si possible sur la Confédération continue de façonner le gros de la structure de nos systèmes de prévoyance.


Mais il n’était nulle part indiqué que la crise financière allait appeler une réponse inédite de la part des banques centrales, engagées depuis lors y compris en Suisse dans des politiques de plus en plus créatives, avec pour résultat des taux d’intérêt de plus en plus réduits et même inférieurs à zéro. Il en a résulté, dans un premier temps, une montée impressionnante des cours obligataires dopés par ces taux bas, résultante à la fois d’une demande accrue de la part d’investisseurs effarouchés par l’ampleur de la crise, et d’une offre circonscrite par le jeu des divers freins à l’endettement qui ont partout rationné les nouvelles émissions.

Puis est venu un deuxième temps. Au vu de ces rendements lamentables, on s’est mis à prendre davantage de risques, d’où la hausse des actions, et l’investissement dans un immobilier pourtant déjà cher.

Et voici qu’entre en scène un troisième temps : la crise s’estompant, la conjoncture faisant mine de redémarrer et les indices de prix ayant cessé de baisser, les marchés se mettent à anticiper la remontée des taux qui ne devrait pas manquer de s’ensuivre. Conséquence, les rendements obligataires se sont sèchement redressés en quelques semaines, et symétriquement les cours ont plongé.

Voyez donc la double mésaventure des détenteurs de titres à revenu fixe. Non seulement cette part de leur fortune ne leur rapportait rien, puisque les taux étaient nuls, mais encore sa valeur marchande a plongé, dans des proportions qui n’ont rien de négligeable. Les «Bund» allemands à 10 ans par exemple, qui rapportaient 0,05% deux mois plus tôt, sont remontés au dessus de 1% au milieu de la semaine dernière, avant de redescendre un peu. Idem pour les taux des Treasuries américaines, passés de 1,64% fin janvier à 2,39% vendredi. Moindre amplitude, mais tout de même, pour le rendement des obligations de la Confédération d’une durée résiduelle de 10 ans, qui a basculé de -0,2% à +0,2% entre avril et juin. Soit des pertes en capital qui varient, selon le cas et la méthode comptable, entre 6% et 20%.

On arguera que ces mouvements de balancier ne sont qu’épiphénomènes dans un environnement de toute façon marqué par de fortes incertitudes (Grève, Ukraine, pétrole), et qu’à plus long terme les choses devraient se stabiliser. Oui, l’hypothèse favorable est que l’on devrait assister à une lente et régulière remontée des taux, préfigurant un retour à la normale des conditions financières et conjoncturelles. 

Quant à l’hypothèse défavorable, qui est celle d’un krach obligataire, issue fatale mais logique d’un marché devenu étroit et donc peu liquide, on préfère de manière générale ne pas l’évoquer.

10:57 Publié dans Dette, Financement des retraites, gouvernance, Prévoyance | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | |

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