29/09/2015

Cette très chère santé…

sante image stetoscope keystone.jpgQue dans les pays riches les dépenses de santé progressent plus vite que le produit intérieur brut, c’est un fait connu et expliqué depuis des âges. Plus le niveau de vie s’élève, plus la part du revenu consacré aux «biens supérieurs» augmente, selon la loi d’Engel que les étudiants de première année en économie se mettent dans la tête. Rien d’étonnant, donc, à ce que le pays le plus riche du monde après les Etats-Unis soit celui qui dépense le plus pour la santé. 

L’aspiration de ses habitants n’est pas pour autant à profiter d’une vie plus longue: l’espérance de vie à la naissance n’est pas meilleure ici qu’ailleurs. Elle y serait même plus basse qu’en Espagne, égale à celle de l’Italie, et à peine supérieure à celle de la France, si l’on en croit l’OCDE. Ce qui singularise la Suisse, c’est qu’on y apprécie plus que tout la qualité et le confort, quitte à payer plus cher, comme pour la voiture, le logement, les loisirs, l’alimentation…


Cela étant, si le «swiss finish» passe sans problème la barrière du porte-monnaie pour ce qui est de ces postes-là et de quelques autres, il se heurte à une incompréhension générale dès qu’il s’agit de l’assurance maladie. Pourquoi une pareille différence ?

Beaucoup tient sans doute à la configuration, compliquée, d’un système dans lequel la part de financement supportée directement par les ménages est bien plus importante que dans les autres pays où elle transite pour l’essentiel par les budgets publics et se dilue ainsi à travers l’impôt. Le caractère rendu obligatoire depuis 1996 de l’assurance maladie de base ajoute une seconde couche au malaise : au lieu que le fait de payer cher pour sa santé soit ressenti comme naturel sinon désirable (au même titre, par exemple, qu’on dépense sans rechigner des sommes considérables pour l’achat et l’entretien d’un véhicule), ce fait est considéré, à chaque hausse des primes, comme révélateur d’un mauvais fonctionnement d’un système dans lequel toutes les parties prenantes – les caisses maladie, les prestataires de soins, médecins et hôpitaux, les fabricants de médicaments – profiteraient de l’opacité générale.

Il y a au demeurant beaucoup à dire d’un système qui incite à la consommation plutôt qu’il ne la freine: un Tarmed garantissant un tarif minimum pour chaque prestation quelle qu’en soit la quantité prescrite (ce qui partout ailleurs serait considéré comme le comble de l’illicéité en droit cartellaire !), un «libre choix du médecin» qui lie pieds et poings les assureurs au lieu que ceux-ci soient libérés de l’«obligation de contracter», un financement hospitalier qui autorise d’occultes subventionnements, une pseudo concurrence entre caisses (puisque soumises aux mêmes obligations d’admission et de prise en charge), etc.

Or il suffirait que les patients en puissance que nous sommes tous trouvent intérêt à moins consulter à tort et à travers (ce que permettrait, exemple entre mille, un mécanisme du type bonus malus, ou toute autre manière de récompenser les efforts de prévention) pour adhérer sans réserve à un système de santé qui continuera quoi qu’il advienne à engendrer des dépenses en hausse, puisque notre population vieillit, que la recherche médicale progresse, que la technologie ouvre des espaces de plus en plus grands à l’appareillage IRM et autres formes d’imagerie prometteuses de diagnostics toujours plus précis, et qu’il faut bien en définitive que nous meublions une vie de plus en plus libre…

09:58 Publié dans Assurance maladie, Santé, suisse | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | |

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