15/09/2015

Syriza, Podemos, Labour: radicalisation à gauche

Corbyn.jpgSyriza, Podemos, Front de gauche, Labour version Jeremy Corbyn… La gauche radicale européenne exprime son refus de l’austérité telle que préconisée par les instances supranationales et appliquée de plus ou moins bonne grâce par les gouvernements en place. Cette rébellion de la rue, dorénavant exprimée dans les urnes, accuse un temps de retard sur la réalité, puisque l’austérité s’est partout adoucie, partie pour la raison que les dirigeants ont relâché leur étreinte ou tout bonnement leur vigilance, partie pour cause de croissance retrouvée, qui allège les dépenses sociales et fait rentrer l’impôt.


Ce retour de la croissance, revenue bien sûr très bas, est assez impressionnant. Le PIB espagnol pourrait augmenter de plus de 3% cette année, celui de l’Irlande, de 3,6%. Même le Portugal, longtemps à la traîne, devrait connaître une croissance de 1,6%, la moyenne d’une zone euro tirée par l’Allemagne. Mais cette croissance intervient après sept années de crise et demeure insuffisante pour permettre de rejoindre le niveau d’activité antérieur, et a fortiori pour rattraper le temps perdu. A ces taux-là, il faudra une génération entière pour effacer le chômage que les années 2008-2013 ont ajouté au sous-emploi qui prévalait auparavant. Il y a donc une certaine exaspération dans l’opinion, forcément majoritaire, des classes modestes mais aussi moyennes durement touchées par l’austérité, qu’on attribue à des politiques que des gouvernements dépourvus d’imagination ou obnubilés par un niveau d’endettement excessif appliquent sans discernement, laissant se multiplier l’écart entre hyper-riches et ultra-pauvres. D’où le retour en grâce des idées keynésiennes ou plutôt postkeynésiennes, hostiles au marché et fortement redistributrices.

Mais la boîte à malice des économistes ne contient pas la baguette magique qui assurerait un retour sans douleur à la prospérité et à l’emploi. Laisser la dette publique, déjà disproportionnée, continuer d’enfler – ce qui serait la conséquence directe de la mise en œuvre des programmes radicaux, de gauche comme de droite d’ailleurs – reviendrait à ponctionner encore davantage les revenus disponibles, que ce soit par l’inflation ou l’alourdissement des charges d’intérêts. Inversement c’est vrai, trop d’austérité accentue le recul du PIB et rend l’objectif de désendettement irrattrapable, comme l’admet explicitement un FMI qui prône une remise partielle de la dette. Mais allez l’expliquer aux Allemands…

Reste qu’une austérité même appuyée n’a pas les mêmes effets selon qu’elle passe par une hausse de la pression fiscale, qui a la préférence de la gauche, ou une réduction des dépenses publiques, que favorise la droite. La France et l’Italie, qui ont privilégié la première voie, sont en termes de croissance retrouvée derrière l’Espagne, le Portugal ou la Grèce qui ont joué des deux, et plus loin encore de l’Irlande, qui n’a fait que réduire ses dépenses. The Economist, qui commente ces données collectées par l’OCDE, remet les pendules à l’heure en rappelant que les efforts de désendettement sont d’autant plus douloureux que l’insouciance a prévalu auparavant : si la Grèce a dû désormais se serrer la ceinture jusqu’à 17% du PIB, c’est que son déficit primaire (hors service de la dette) en avait, avant le déclenchement de la crise, frôlé les 12%. Insupportable.

 

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