08/09/2015

La grande inconnue des taux d’intérêt

pour cent.jpgLe plus grand danger qui menace la stabilité financière, ce n’est pas, quoi qu’en pensent les gérants d’actifs, l’effondrement de la bourse de Shanghai ou celui de l’économie chinoise dans son ensemble, c’est beaucoup plus simplement le fait que ces mêmes gérants n’ont pour la plupart rien connu d’autre que des taux d’intérêt quasi nuls et une liquidité plus qu’abondante.

Dans leur grande majorité en effet, ils ne sont arrivés aux affaires qu’il y a six ou sept ans, lorsque les banques centrales, soucieuses de prévenir le déclenchement d’une véritable dépression à la suite de la crise de 2008, ont ouvert massivement le robinet de la création monétaire et se sont mises à racheter à tour de bras des obligations d’Etat puis des obligations tout court.


Nés en quelque sorte avec ce «quantitative easing» et n’ayant par conséquent aucune idée de ce qu’impliqueraient des taux d’intérêt plus élevés et encore moins de ce que pourrait engendrer leur remontée, ces asset managers s’alarment, tels des moutons de Panurge, aux moindres rumeurs de décision prochaine de la Réserve fédérale américaine, et font bouger par leur comportement grégaire des masses énormes de capitaux susceptibles effectivement de déstabiliser l’économie tout entière.

Ce risque-là, de simultanéité dans les décisions d’entrée ou de sortie entre les différentes catégories de placements, se traduit comme on a pu l’observer ces dernières semaines par des variations d’une inhabituelle amplitude sur les marchés. Mais le pire qui puisse arriver serait que se produise d’un seul coup, comme au moment de la chute de Lehman Brothers, un assèchement complet de la liquidité, quand plus aucun papier commercial, plus aucune créance privée quelle que soit sa qualité, ne trouverait preneur.

Les grandes banques internationales, bien sûr, sont aujourd’hui mieux capitalisées qu’hier, et les règles prudentielles qui leur ont été imposées – y compris les «dernières volontés» (living wills) qu’on les a sommées de préparer et par lesquelles elles doivent décrire en détails les modalités de leur liquidation en cas de faillite – sont censées éviter des repêchages aux frais du contribuable en raison des risques systémiques (too big to fail) qu’elles représentent. N’empêche : l’accumulation à grande échelle d’actifs, de créances et d’engagements hors du circuit bancaire traditionnel par le jeu de la désintermédiation (la fameuse « titrisation »), encouragée précisément par le niveau exceptionnellement bas des taux d’intérêt, n’a fait que déplacer le problème, désormais localisé du côté des assurances, des hedge funds, des fonds de private equity et en général de ce qu’on appelle le shadow banking, ce système de financement parallèle mal étudié, non surveillé, et moins encore contrôlé. Parce qu’ils sont concrètement gérés au jour le jour par des gérants qui, n’ayant jamais vécu autre chose que ces océans de liquidité, ont encore du lait derrière les oreilles, les quelque 60'000 milliards de dollars qui selon les estimations du FMI se baladent ainsi à travers le monde représentent un potentiel autrement plus dévastateur que celui de la crise financière dont le monde a le plus grand mal à se relever.

On comprend, dès lors, que les banquiers centraux aient tant d’hésitations à commencer de parler de hausse des taux d’intérêt.

10:05 Publié dans Capital, Dette, Prix, Taux d'intérêt | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | |

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