01/09/2015

La croissance ? Moins il y en a, plus on en parle !

ballons.jpgMon Dieu, quelle agitation pour 0.2% de croissance ! Depuis que le Seco (Secrétariat d’Etat à l’économie) a annoncé que le produit intérieur brut (PIB) réel de la Suisse avait progressé dans cette mesure-là au cours du deuxième trimestre – alors que tout le monde s’attendait à ce qu’il ait plutôt fléchi –, les réactions et commentaires ne cessent d’abreuver la planète médiatique locale. Comme si une vibration aussi infinitésimale de la valeur supposée du PIB d’un trimestre à l’autre avait la moindre signification. 


Car qu’on se le dise : le calcul du produit intérieur brut repose sur une série d’estimations qui tentent, avec toute la rigueur statistique possible, d’approcher la réalité de ce qu’ont été, pour la période choisie, la consommation des ménages, celle des administration publiques, les investissements (construction, immobilisations de biens d’équipement, variation des stocks), et les exportations moins les importations de marchandises et de services. Ce qui fait beaucoup de sources d’erreurs ou d’approximations possibles. A preuve d’ailleurs les révisions, fréquentes, des résultats obtenus, quand elles ne découlent pas simplement de changements de méthode. C’est ainsi, par exemple, que la valeur du produit intérieur brut nominal calculée pour un même trimestre (le 1er trimestre 2013) a passé d’une année (2014) à l’autre (2015) de 148 à 155 milliards de francs, et sa progression sur un an, de 1.3% à 0.6%... L’interprétation de tels chiffres appelle donc à la plus grande prudence.

Reste leur valeur symbolique. Basculer d’une possible diminution, même minuscule, à une éventuelle croissance positive tout aussi insignifiante, c’est basculer d’un monde à l’autre, d’une vision défaitiste de l’évolution conjoncturelle à l’attente d’une véritable reprise. Par les temps qui courent, la différence n’est pas mince.

Mais on n’en est pas encore là. Entre la mesure de l’activité présente et celle du produit intérieur brut au cours des trimestres à venir, il y a toute la distance qui sépare – pour l’industrie manufacturière en tout cas, et par conséquent pour les exportations qui comptent pour beaucoup dans l’évolution du PIB – les entrées de commandes de leur livraison, ou la signature d’un contrat de son exécution. Autrement dit, ce n’est que vers la fin de l’année courante au mieux, et plus probablement dans le courant de l’an prochain, que l’on saura si oui ou non la Suisse a échappé à un début de récession.

A quoi s’ajoute un second bémol. Un faible taux de croissance, tel celui que la Suisse, avec d’autres, enregistre depuis ces deux ou trois dernières années (à peine 1% en termes réels) se réduit à moins que rien une fois rapporté à l’ensemble de la population, puisque celle-ci s’accroît à peu près au même rythme. Si bien que le produit intérieur brut par habitant, plus significatif que le PIB total, demeure stagnant. Comme n’ont pas manqué d’ailleurs de le rappeler les économistes du Seco, l’évolution démographique demeure l’un des principaux moteurs de l’augmentation des dépenses de consommation des ménages, qui représentent à elles seules plus de la moitié de la dépense totale. Comme quoi l’immigration a aussi du bon…

10:09 Publié dans Croissance, suisse | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | |

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