18/08/2015

L’emploi, denrée périssable

RTR3SF1hd.jpgLes misérables taux de croissance que les économies avancées enregistrent depuis la fin des années 70 contreviennent à la théorie qui voudrait que le progrès technique s’accompagne de gains de productivité suffisants pour entraîner une augmentation de la dépense, supposée générer à son tour suffisamment de nouveaux emplois pour compenser ceux que l’automatisation des tâches fait disparaître.

D’où la question : le progrès technique serait-il devenu avare en gains de productivité ? 


Ou alors, le bénéfice des gains de productivité serait-il accaparé par certaines catégories d’emplois, au lieu de se répartir tout le long de l’échelle des rémunérations via les forces du marché – par le jeu de la concurrence – ou via les politiques de redistribution?

Ce qui est clair, c’est que l’on assiste à une «polarisation» des emplois. Il y a proportionnellement de plus en plus d’emplois peu qualifiés et inversement d’emplois faisant appel à des connaissances pointues, tandis que les emplois traditionnellement occupés par des travailleurs moyennement qualifiés disparaissent, remplacés qu’ils sont par des automates et des processus informatisés.

Si tout le monde est d’accord sur ce point, vérifié par de nombreuses études empiriques, il l’est beaucoup moins sur la question des rémunérations. Pourquoi, par exemple, l’industrie bancaire et financière continue de verser des salaires exorbitants, «trustant» ainsi une valeur ajoutée sans rapport avec son efficacité économique générale, au lieu que celle-ci soit d’une manière ou d’une autre redistribuée au profit des autres secteurs?

Il semblerait que les métiers privilégiés bénéficient de ce que les économistes appellent une forte élasticité-revenu de la demande qui s’adresse à eux, tandis que persisterait au contraire une certaine rigidité de l’offre de ces emplois-là, due à la longueur et à la complexité des études qu’ils supposent, ou encore aux lenteurs de l’adaptation des formations professionnelles aux nouvelles réalités du marché du travail. Ne devient pas banquier qui veut.

Les choses, pourtant, sont en train de changer. La «financiarisation» de l’économie a visiblement atteint son paroxysme, et l’avancée des connaissances, dans les sciences de la vie notamment, n’entraîne pas la même concentration de hauts salaires. La globalisation aussi mélange les cartes, qui amène de nouveaux convives à la table de la répartition des richesses. Quant à l’innovation technique, elle poursuit son évolution foisonnante, avec les entrées irritantes d’Uber, Airbnb et autres plateformes d’échange sur des marchés jusqu’ici strictement codifiés et réglementés, mais aussi avec ces essais désopilants de robots ménagers parfaitement gauches ou ces expériences déconcertantes de voitures sans conducteur, annonciatrices pourtant, soyons-en sûrs, de profonds changements.

10:12 Publié dans Croissance, Emploi, Industrie | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | |

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