28/07/2015

A quoi ressemblera la banque de demain

Singapour, à la fin du mois de juin. Ravi Menon, directeur général de la Monetary Authority of Singapore (MAS), expose devant un parterre de banquiers et de juristes sa vision de la place financière du futur, promise à devenir le smart financial center en quoi Singapour ambitionne de se transformer.
Dans le jargon fintech, le qualificatif «smart» déborde du seul smartphone dont nous sommes tous équipés. L’intelligence distribuée ne passe pas seulement par ces portables à tout faire, quoique l’étendue de leurs applications permette d’ores et déjà d’exécuter un nombre de tâches qui défie l’imagination.


On retrouve plus fondamentalement cette faculté derrière le bitcoin et bon nombre d’autres systèmes d’échange prometteurs, en plus d’une sécurité quasi inviolable découlant de la technologie dite de blockchain (sorte de base de données transactionnelle partagée – et contrôlée – par tous les participants), de coûts proches de zéro et d’exécutions instantanées.
 
Appliquées au secteur bancaire et financier, ces évolutions à couper le souffle sont annonciatrices de profonds bouleversements, dont la plupart d’entre nous n’ont pas la moindre idée. A Singapour en revanche, où en cinquante ans d’indépendance on s’est hissé d’à peu près rien au niveau de cinquième nation la plus avancée, on prend la chose très au sérieux.
 
La MAS, escortée de tout ce que le pays compte d’instances publiques et privées, est un acteur majeur de l’impressionnant Smart Nation Programme, lancé sous la houlette du cabinet du premier ministre. On y étudie systématiquement tout ce qui est de nature à rendre l’intelligence distribuée socialement utile, de l’assistance aux personnes âgées à la prévention des failles de sécurité dans les domaines les plus variés. 
 
A commencer, bien sûr, par la sécurité bancaire. L’honorable Ravi Menon y voit, par exemple, le moyen pour les régulateurs de surveiller «en ligne» et détecter aussitôt la moindre trace de blanchiment d’argent ou de financement du terrorisme.
 
Des pays inattendus (le Honduras par exemple, qui développe un système de registre foncier basé sur des distributed ledgers) font résolument confiance à ces technologies de blockchain. D’autres appliquent déjà à la banque de détail les méthodes d’authentification les plus avancées. Royaume-Uni, Japon, Chine, Brésil, Pologne notamment ont mis en service des bancomats biométriques.
 
Et la banque suisse dans tout ça? Si UBS et Credit Suisse participent activement par le biais de leurs propres laboratoires aux recherches en cours à Singapour, on ne compte guère, pour nos autres établissements, que sur quelques comptoirs de private banking destinés pour l’essentiel à capter la clientèle fortunée du sud-est asiatique. Mais rien, en Suisse même, ne fait penser à l’effort collectif soutenu – et cofinancé – par les autorités singapouriennes.
 
Imaginerait-on un seul instant la BNS, la FINMA et l’Administration fédérale des finances se joignant aux banques cantonales, à Raiffeisen et aux banques privées pour réfléchir à la banque de demain? Certes non. Ici, on se cantonne, conformément à l’esprit et à la lettre de la loi, à la surveillance comptable et au respect des normes prudentielles. C’est bien, mais cela ne prépare guère l’avenir

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