07/07/2015

Jour 1 du défaut grec

euro grec.jpgDepuis lundi, il n’y a plus un seul euro dans le système bancaire grec. Le pays est donc, techniquement, en état de cessation de paiement, et à moins d’une nouvelle injection de cash par la Banque centrale européenne sur la base d’on ne sait trop quelle garantie, le fonctionnement de l’économie grecque s’en trouve complètement bloqué. Plus personne ne paie, et plus personne n’est payé.


Le premier jour d’un défaut n’est pas en soi une tragédie. Les banques restent fermées, on s’arrange en famille ou entre voisins, et les ardoises se règleront plus tard, promis juré. C’est dans la durée que les choses se gâtent sérieusement, comme l’ont montré les nombreux défauts souverains recensés sur l’interminable liste des Etats n’ayant pu à un moment donné de leur histoire honorer tout ou partie de leurs engagements extérieurs.

Blacklisté sur les marchés financiers, le pays ne peut plus emprunter. Il ne peut plus non plus compter sur les crédits fournisseurs, et divers accords de clearing plus ou moins formels se mettent en place comme au sortir de la guerre, ou entre pays occidentaux et membres du Comecon au temps de l’Union soviétique. Il en résulte une grande gêne pour tous, et surtout un ralentissement des échanges tels que toute idée de croissance doit tout simplement être oubliée. Ainsi l’Argentine, probablement pays le plus touché par les défauts souverains depuis les années 30 et même au-delà, n’a pas encore retrouvé le niveau de vie qui en faisait l’un des pays les plus riches du monde dans les années 20, et a mis plus de dix ans pour rejoindre son PIB par habitant d’avant la crise de 1998.

La Grèce n’est pas l’Argentine, et à la différence de cette dernière son potentiel ne repose guère sur l’exportation, hormis le tourisme. Elle ne pourra donc guère compter sur des gains de productivité de ce côté-ci pour relancer son secteur extérieur. En revanche, c’est – comme pour la France et l’Italie, entravées également, à une autre échelle bien sûr, par des réglementations aussi tatillonnes qu’inefficaces et des habitudes corporatistes – à travers de profondes réformes de son marché domestique que la Grèce parviendra à renouer peu à peu avec la croissance. Il aurait évidemment mieux valu à tous points de vue que ce travail de remise en ordre fût accompli avant l’adoption de la monnaie unique. Mais il n’est jamais trop tard pour bien faire, et l’exemple de pays aujourd’hui membres de la zone euro partis d’encore plus bas, et tout autant prisonniers qu’elle d’infrastructures défaillantes et de procédures administratives ossifiées (la Slovaquie, les pays baltes), montre que la Grèce, autrement dotée qu’eux en ressources naturelles et climatiques, a toutes les cartes en mains pour réussir son retour à meilleure fortune. Il se pourrait même qu’à terme ses créanciers récupèrent leur mise. 

Certains fonds vautours, d’ailleurs, ne s’y trompent pas et ramassent les soldes de dette publique délaissés par des investisseurs désabusés. Il y a toujours de l’argent à faire sur le dos des plus infortunés.

10:20 Publié dans Banques centrales, Zone euro | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | |

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