30/06/2015

Qu’en termes choisis ces choses-là sont dites !

1 2 3e pilier schema.jpgTout de prudence, l’Office fédéral des assurances sociales (OFAS) rappelle dans son dernier rapport statistique sur les assurances sociales que le 2e pilier se trouve encore, ce que l’on oublie souvent, dans sa période de constitution, c’est-à-dire que les premiers assurés présentant une durée de cotisation complète atteindront l’âge de la retraite aux alentours de 2025 seulement.

Ce qui signifie qu’à partir de ce moment-là les sorties de fonds des caisses de pensions seront nettement plus importantes, et que le régime de la prévoyance professionnelle se rapprochera alors d’un système de financement par répartition, perdant par la même occasion une bonne partie de sa justification, qui était de reposer sur l’accumulation d’un capital générant un certain revenu (le «troisième cotisant»).


Une mauvaise nouvelle n’arrivant jamais seule, ce chef-d’œuvre de notre prévoyance sociale se trouve simultanément attaqué sur deux autres fronts. Il se trouve en effet assez démuni face au vieillissement de la population, qui va subir un coup d’accélérateur avec l’arrivée des générations du «baby boom» à l’âge de la retraite, et souffre par ailleurs de l’extrême faiblesse des rendements financiers héritée de la crise et des politiques monétaires conduites pour en enrayer les possibles retombées dévastatrices sur la conjoncture, les budgets publics et j’en passe.

Vieillissement d’un côté, absence de revenus du capital de l’autre, ce cocktail devient potentiellement explosif à mesure que les institutions collectives qui canalisent l’épargne retraite, savoir principalement les caisses de pensions et les assurances-vie, s’engagent sur des chemins plus risqués pour tenter de dégager malgré tout des rendements qui leur permettent de tenir leurs promesses.

Dans une récente étude sur le même sujet (Business and Finance Outlook 2015), l’OCDE n’y va pas par quatre chemins. S’agissant de ces organismes, prévient-elle, «leur solvabilité se dégradera, sauf s’ils ont adopté des stratégies énergiques de gestion des risques», et leur «recherche de rendement effrénée» pour tenter d’obtenir les rendements promis antérieurement aux bénéficiaires ou aux assurés «pourrait accroître le risque d’insolvabilité».

Bien gérer les risques est plus vite dit que fait. Les outils financiers adéquats existent (couverture de change, swaps de taux, produits dérivés), mais sont chers, et d’autant plus chers que les risques sont importants. Quant aux principes théoriquement simples de bonne gestion, comme la gestion actifs/passifs (asset and liability management), ils ne sont pas commodes à suivre en période d’incertitude totale quant à l’évolution future des marchés. 

Quand rien ne va plus ou risque de ne plus aller, reste naturellement le cadre réglementaire: l’Etat peut durcir les règles du jeu, favoriser le transfert du risque sur les épaules des assurés, en imposant par exemple le passage de régimes à prestations définies à des régimes à cotisations définies, voire carrément en haussant les cotisations, en relevant l’âge de la retraite, ou en réduisant les rentes. Mais aussi, pourquoi pas, se montrer moins exigeant sur les délais de régularisation imposés aux institutions en situation de sous-couverture durant les périodes où soufflent des vents particulièrement contraires.

10:22 Publié dans Démocratie, Futur, Prévoyance | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | |

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