05/05/2015

Parole d’évangile, les dires d’économistes ?

Il n’y a pas que les politiciens – tels ceux du débat organisé jeudi dernier par la Tribune – à mélanger le vrai et le faux. Les économistes ne sont pas rares à affirmer catégoriquement au lieu de se contenter d’approximer. Ainsi, à en croire un enseignant de l’IMD interrogé l’autre jour sur les ondes de la radio romande, la force du franc face à l’euro ne menacerait pas notre économie, car la zone euro ne serait plus le partenaire commercial majoritaire de la Suisse. Sinon faux, du moins approximatif, puisque la zone absorbe encore près de la moitié de nos exportations (45,8% l’an dernier, un peu plus si l’on y ajoute les pays hors zone dont la monnaie est de facto alignée sur l’euro (Danemark, pays de l’ex-Yougoslavie, de la zone franc CFA...)


De même, de l’avis d’autres sommités de la science économique indigène, l’abandon du cours plancher aurait délivré la BNS de l’obligation d’amasser des quantités phénoménales de devises. Faux là également: la BNS continue d’intervenir assez massivement, et de manière tout aussi sporadique, à l’intérieur certes de limites non dévoilées, mais tout aussi effectives, semble-t-il, que celle officiellement annoncée le 6 septembre 2011 et levée le 15 janvier dernier.

Selon d’autres professeurs enfin, la liberté de manier le taux de change à leur guise permettrait aux pays non membres d’une union monétaire de renouer plus vite avec la croissance que ceux qui, en en étant membres, s’en trouvent privés. Faux là encore. La théorie des zones monétaires optimales (que n’est pas la zone euro) est très séduisante, mais ne colle pas à toutes les réalités. Aux Etats-Unis comme en Suisse (pour prendre l’exemple d’un grand et d’un petit pays), on compte toutes proportions gardées autant de «poches» de stagnation persistante qu’à l’intérieur de la zone euro, alors même qu’on a affaire à l’évidence, dans les deux cas, à des zones monétaires optimales. C’est qu’entrent en jeu bien d’autres facteurs que la politique monétaire respectivement la politique de change : le degré de flexibilité du marché du travail (la généralisation d’emplois précaires, diront les contempteurs de la politique britannique), la chance de se trouver au bon moment au bon endroit (sur des gisements de pétrole, pour l’Alaska et le Texas), la concentration d’intelligence (comme au Connecticut), celle de haute finance et de technologie (Massachusetts, New York), une bonne gestion publique (Caroline du Nord). Au final, les écarts de richesse (mesurés par le PIB par tête) aux Etats-Unis vont du simple au double entre l’Etat le plus pauvre (le Mississippi)  et le plus riche (le Dakota du Nord), et varient même du simple au sextuple si l’on en considère le taux de croissance au cours des trois dernières années.

Quiz amusant : trouver des écarts correspondants pour la Suisse, ses cantons, leurs chefs-lieux ou leurs communes. Quel est par exemple, en moyenne pour les trois dernières années connues (2010-2012), le taux de croissance du PIB par tête du canton le plus riche (Zoug) et celui du canton lanterne rouge (Uri) ? (réponse : 3.4% ; 1.6%)

De même que Molière se moquait des médecins, de même ferait-on bien de ne pas suivre les yeux fermés l’avis de nos docteurs en économie. Mais il est vrai que sans eux le monde serait plus difficile à expliquer. Et de toute manière, l’admettent-ils volontiers, l’économie n’est pas – encore – une science exacte.

 

 

 

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