28/04/2015

Fin de partie à Athènes ? Voire…

Lorsqu’un gouvernement en délicatesse avec ses créanciers se met à racler les fonds de tiroirs de ses institutions publiques, hautes écoles et hôpitaux compris, c’est que la fin des haricots est proche. Dans le cas de la Grèce, l’affaire se complique du fait de son appartenance à la zone euro, car un «Grexit», comme on dit, n’est pas prévu dans les traités, et aucune des parties prenantes, Banque centrale européenne, Fonds monétaire international et Union européenne, n’a intérêt à ce que le pays tourne le dos à la monnaie unique. La première, parce qu’elle y perdrait son capital et l’essentiel de sa crédibilité, le second, parce que cela démontrerait la vanité de ses programmes d’ajustement structurel, et la troisième parce qu’aucun de ses membres, Allemagne en tête, n’a envie de porter le chapeau d’un pareil échec. Ne reste donc, côté créditeurs, que l’instrument de la pression politique et psychique, et côté débiteur, le recours aux faux-semblants et aux non-dits, parties de Poker menteur dans lequel les Grecs sont passés maîtres.


On s’achemine donc très vraisemblablement vers un non remboursement par Athènes des prêts arrivés à échéance sans que soit formellement prononcé un défaut de la Grèce. Il s’ensuivrait assez logiquement un arrêt de facto des prêts extérieurs au pays, compensés à l’interne par l’une ou l’autre des solutions sorties de l’imagination fertile d’Alexis Tsipras et de son ministre des finances, telles que le paiement des retraites et des salaires des fonctionnaires au moyen de reconnaissances de dette «payables à vue» émises par le Trésor, ou le versement de ces salaires et retraites par le truchement des régions et communes qui se substitueraient temporairement à l’Etat central.

Ces bricolages, qui ne feraient ailleurs que repousser de quelques trimestres, mois voire semaines la faillite pure et simple d’un pays, sont peut-être ici ce qu’il faut à l’Europe monétaire pour surmonter la crise la plus compliquée de son histoire. Sur le plan strictement financier, le pire, qui s’était produit en 2008, est en effet passé. Les banques sont renflouées, les créanciers privés de la Grèce ont été désintéressés, et les risques de contagion, un temps élevés (Portugal, Irlande, Italie), semblent désormais écartés. Quant à un éventuel «Grexit», qu’encore une fois personne n’a intérêt à précipiter même si chacun s’emploie par avance à en minimiser la portée, il serait comme le décrit un papier interne du FMI à la source d’une série impressionnante de catastrophes allant de l’hyperinflation à un plan d’épargne forcé en passant par des taux d’intérêt vertigineux – toutes choses que les élus de Zyriza avaient précisément promis d’éviter.

Il n’est pas à la portée de tout débiteur de gagner en temporisant (les Genevois en savent quelque chose, qui portent le fardeau d’une dette publique inégalée en Suisse pour n’avoir pas su, ou voulu, traiter dans l’instant les retombées de la crise immobilière des années 90). Mais la Grèce, qui n’est pas la dernière venue sous l’angle de la richesse nationale, avec son produit intérieur brut par habitant égal à celui du Portugal, peut espérer que le retour annoncé de la croissance lui amène sinon cette année du moins l’an prochain un excédent structurel de son budget supérieur à 2% du PIB, parole du FMI, et donc de redevenir fréquentable avant la saint glin-glin.

09:32 Publié dans Banques centrales, Croissance, Démocratie, Europe | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | |

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