14/04/2015

Hybride elle aussi, la guerre des monnaies ?

A quelques jours des assemblées de printemps de la Banque Mondiale et du FMI, le ton monte et les camps se précisent entre grandes économies de ce monde. Au cœur d’un sujet à polémique qu’on ne peut pas encore qualifier de guerre des monnaies mais qui commence à y ressembler furieusement, il y a la divergence grandissante de vues entre principalement les Etats-Unis dont la devise, pour cause de santé retrouvée, ne cesse de s’apprécier, et les pays en pleine faiblesse conjoncturelle qui, malgré des politiques monétaires extrêmement accommodantes, ne parviennent pas à s’extraire du marasme et se retrouvent pour cette double raison au bénéfice si l’on peut dire de monnaies (le yen, l’euro, dans une moindre mesure le yuan) que le Trésor américain considère comme «significativement sous-évaluées».


Les porte-parole du Trésor ne vont pas jusqu’à accuser les autorités monétaires de ces pays ou zones de favoriser délibérément la dépréciation de leurs taux de change. Ils se bornent – en quoi ils n’ont pas tout tort – à faire valoir qu’au lieu de recourir exclusivement à la politique monétaire, via notamment le fameux «quantitative easing» (QE), pour favoriser une reprise qui ne vient pas, ces pays (le Japon, la Corée, certains membres de la zone euro) feraient bien mieux de stimuler leur demande intérieure par de la relance budgétaire. Et de relever, à titre de preuve de cette coupable dissymétrie, combien du coup, à la faveur de monnaies à ce point dépréciées, les balances courantes de ces pays se retrouvent excédentaires, puisque leurs soldes atteignent, ou même dépassent, une proportion convenable de leur produit intérieur brut : 6,3% pour la Corée, et même 7,8% pour l’Allemagne, signe à l’évidence de monnaies exagérément sous-évaluées.

La Suisse curieusement n’est même pas mentionnée. Pourtant le solde positif de sa balance courante, à 7% du PIB pour 2014, se situe à équidistance de ces deux points expressément désignés du doigt par le Trésor américain, ainsi que le rapporte le Financial Times. Trop petite pour inquiéter ? Déjà sanctionnée par le bond du franc qu’elle a dû subir, et continue de subir, depuis l’abandon du cours plancher ? Sans doute, puisqu’on ne peut en aucun cas, depuis lors, soupçonner la Suisse de manipuler le taux de change de son franc à la recherche d’avantages concurrentiels. On pourrait penser à premier vue que son excédent extérieur, persistant et même grandissant, découle avant tout du rendement de la fortune – conséquence des excédents passés – placée à l’étranger. Or ce n’est même pas le cas : l’essentiel de son solde extérieur, la Suisse le doit à ses échanges de biens et services, dont le résultat net frise les 11% du PIB, et dont les deux tiers proviennent des seuls échanges de marchandises. Autrement dit les exportations de nos industries se portent, statistiquement parlant, et nonobstant le franc fort, comme un charme.

Mais attention, l’abandon du cours plancher ne date que du 15 janvier de cette année, et les derniers chiffres publiés par l’administration fédérale des douanes signalent, pour janvier et février, un recul sensible du commerce extérieur de la Suisse. La magie aurait-elle cessé d’opérer ?

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