07/04/2015

Axa l’a dit, le FMI aussi

On ne croyait pas si bien dire la semaine dernière en relevant combien un taux de conversion (du capital en rentes) trop élevé avait pour conséquence d’alourdir la charge qui pèse sur les générations futures. Or voici que l’assureur Axa-Winterthur vient d’annoncer qu’il abaissait dès janvier le taux de conversion appliqué dans deux de ses fondations LPP, en raison précisément de «l’allongement constant de l’espérance de vie» et, ajoute-t-il, de «la faiblesse persistante des taux d’intérêt». 


La mesure ne touche que la partie surobligatoire de la prévoyance, puisque la tranche obligatoire, elle, obéit à une disposition légale qui ne peut être modifiée que par l’autorité. Mais le message est fort. Outre que la décision de l’assureur montre la voie aux autres acteurs de la branche, elle vient donner du poids aux projets de réforme présentés par la Confédération (Prévoyance vieillesse 2020), et se trouve au surplus épaulée par les conclusions de la dernière «Mission» annuelle du FMI conduite en Suisse au titre de l’article IV de ses statuts. Le Fonds y appuie, en effet, la proposition du Conseil fédéral «de réduire le taux auquel les avoirs de vieillesse sont convertis en rentes de retraite» afin de répondre au défi représenté par le vieillissement de la population.

Il n’y a en soi rien de neuf dans l’évolution démographique que connaissent la plupart des pays, étant donné que l’arrivée à l’âge de la retraite des générations du «papy boom» était inscrite dès l’origine dans les tabelles des actuaires. Ce qui est nouveau en revanche, et explique pour une bonne part l’effervescence actuelle autour de ces questions, c’est le bas niveau, et même le niveau «en dessous de la mer» atteint par les taux d’intérêt, puisque, comme on sait, il faut aujourd’hui quasiment payer pour prêter de l’argent aux débiteurs de qualité, ainsi que le montrent les rendements négatifs dégagés par les emprunts de grandes sociétés et a fortiori ceux de la Confédération et d’autres Etats parfaitement solvables. A ces taux-là, il est évidemment impossible de satisfaire aux promesses des plans de retraite fondés sur des rendements d’au moins 4 à 5%.

L’absence de rémunération du capital est sans conteste pour quelque chose dans l’inadéquation entre épargne accumulée et objectifs de prévoyance. Il est pourtant étrange que l’on persiste à ne considérer que les taux nominaux. Car, en termes réels, la situation actuelle n’est pas très différente de ce qu’elle était, il y a vingt ou trente ans, lorsque le taux d’intérêt minimal LPP était à 4% et le rendement des obligations de la Confédération à 4,8%. L’inflation était alors voisine de ces niveaux là, de sorte que les taux réels étaient pratiquement nuls. Or nos taux nominaux actuels, proches de zéro, correspondent également à des taux réels nuls, puisque le renchérissement, lui aussi, est inexistant. 

Par conséquent, hormis le fait qu’au taux de 0% la magie des intérêts composés n’opère plus, il n’y a pas grand avantage à inviter les taux d’intérêt dans le débat sur l’avenir de la prévoyance. Le problème n’est pas dans le niveau de ces taux, il est, encore une fois, dans la détérioration du rapport de dépendance entre actifs et inactifs. Et le moyen le plus direct, toutes choses égales par ailleurs, d’en atténuer les effets, c’est bel et bien d’abaisser le taux de conversion. Cqfd.

06:30 Publié dans Assurances, Prévoyance | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | |

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