17/03/2015

Cinq astuces contre le franc fort

Le portail PME du Secrétariat d’Etat à l’économie (SECO), qui s’efforce d’aider les petites et moyennes entreprises, a fort à faire depuis la disparition du cours plancher. Mais il ne manque pas d’imagination dans la mise en valeur des ressources des services et organismes qui lui sont liés. Ainsi pouvait-on lire, dans une récente «newsletter», que Switzerland Global Enterprise – dénomination actuelle du vénérable Office suisse d’expansion commerciale – propose «cinq astuces contre le franc fort» à l’usage des PME exportatrices.

On n’a pas résisté à la curiosité d’aller voir en quoi consistaient lesdites astuces. Voici donc les enseignements que les experts ont su tirer de leur analyse de la situation. Il faut, disent-ils : 1° miser sur la qualité, 2° réduire les coûts, 3° placer le bon produit sur le bon marché, 4° bien choisir sa monnaie, et enfin 5° se prémunir contre les risques monétaires.


Il se peut, sait-on jamais, que des PME aient découvert par elles-mêmes les vertus salvatrices d’une bonne gestion. Mais, deux précautions valant mieux qu’une, on ne saurait trop leur suggérer de s’inspirer de recommandations aussi avisées.

Cela étant, certaines n’ont pas attendu pour emprunter des issues de secours encore plus directes. Selon les branches et les opportunités qui se présentaient, elles ont par exemple entrepris de délocaliser une partie de leur production, ou carrément décidé d’émigrer avec armes et bagages. D’autres se contentent de réduire leurs effectifs au fur et à mesure que leurs carnets de commandes se dégarnissent. Mais, à toutes, rien n’aurait été plus utile qu’un taux de change moins surévalué qu’une politique monétaire adéquate aurait rendu crédible, et par conséquent moins susceptible d’être attaqué par la spéculation.

Un cours plancher annoncé d’emblée comme provisoire, et qu’il fallait donc bien un jour ou l’autre abandonner, ne répondait pas à une telle exigence. Il est même hautement probable qu’un petit pays fortement exportateur comme l’est la Suisse soit hors d’état de mener une politique monétaire indépendante, n’en déplaise à sa banque centrale. Aussi, à moins de se trouver périodiquement confronté à des variations de change de grande ampleur qu’il ne lui sera pas éternellement possible de compenser par des efforts de rationalisation, il ne reste à ce pays, comme seule option, que l’alignement de sa monnaie sur celle de son principal partenaire commercial, en l’occurrence l’euro.

Mais défendre, tout en s’imaginant rester indépendant, un taux de change fixe au lieu de faire tout bonnement sienne la monnaie du partenaire, c’est répéter, sur le plan monétaire, le même exercice éreintant que celui qui consiste à dupliquer au moyen d’accords bilatéraux tout ce qu’une simple adhésion à l’ensemble européen permettrait d’obtenir d’un seul coup. Adhérer ? Jamais ! s’exclame une opinion pour l’instant largement majoritaire. Gageons cependant que, le jour où les coûts effectifs de cette marche à respectueuse mais étroite distance commenceront à peser sérieusement sur le porte-monnaie de chacun, c’en sera fait de pareilles réluctances. Après tout, la Suisse a mis près de soixante ans avant d’adhérer à l’ONU, et  presque cinquante ans pour rejoindre le FMI.

Que les europhiles ne perdent donc pas courage.

06:42 Publié dans Banques centrales, Monnaie | Lien permanent | Commentaires (1) | |  Facebook | | |

Commentaires

Là vous touchez l'essentiel. Le parcours (ou chemin de croix) que la Suisse devra accomplir, l'Allemagne, elle, a été assez rusée pour l'éviter. Sans euro, notre voisin aurait, lui aussi, souffert d'un mark fort, atténué seulement par la taille supérieure du marché intérieur. Mais voilà, les Allemands ont compris que la monnaie commune offrait à leur industrie d'exportation un abri bienvenu. Un jour, comme vous le dites, les Suisses le comprendront à leur tour. Comme à l'époque où ils ont avalé, sans mot dire, l'heure d'été. Non sans l'avoir rejetée, auparavant, en votation populaire, dans un élan souverainiste admirable.

Écrit par : Jürg Bissegger | 18/03/2015

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