10/03/2015

La BNS, un Etat dans l’Etat ?

Les conséquences incalculables ou en tout cas non calculées de la levée du cours plancher font, surtout depuis l’introduction d’un intérêt négatif, que la Banque nationale suisse se retrouve au cœur d’un véritable cyclone politique. Longtemps admirée et respectée pour avoir défendu avec succès la stabilité de la monnaie sinon celle du taux de change, voilà, parce que le franc s’est d’un seul coup envolé, que notre banque centrale se retrouve désormais considérée comme opaque dans son fonctionnement, secrète dans ses délibérations, trop laconique dans ses exposés des motifs, et surtout trop libre dans ses prises de décision. Bref, alors même que la Constitution et la loi prévoient expressément que la conduite de la politique monétaire est de son ressort et relève de la compétence exclusive de sa direction générale, on se met soudain à considérer la BNS comme un Etat dans l’Etat. Est-il admissible, pense-t-on tout à coup, qu’un directoire de trois personnes, certes nommées par le Conseil fédéral mais sans autre légitimité, puisse sans en référer à personne (sauf, pour la forme et parfois au dernier moment, à ce dernier) prendre tout à trac des mesures qui mettent l’économie cul par dessus tête et engendrent une cascade d’effets indésirables ?


Jalouse de son indépendance comme toute banque centrale qui se respecte, la Banque nationale suisse est un animal particulier, aux pouvoirs exceptionnels et assez mystérieux pour le profane. D’où l’incompréhension que suscitent les revirements de politique auxquels elle est amenée à procéder. Pour autant, il n’y a pas vraiment contradiction entre l’attitude d’adhésion et d’admiration qui lui était portée hier, et celle d’incompréhension qui se manifeste aujourd’hui à son endroit. Dans un pays où rien ne compte plus que la légitimité démocratique, il n’est pas permis, à ceux qui en sont peu pourvus, de décevoir. Aussi, lorsque la mesure (abandon du cours plancher, introduction, puis relèvement de l’intérêt négatif) contrarie, le mécontentement gronde dans les travées du Parlement et les lobbies s’agitent.

Chapitre particulièrement ardu et complexe de l’explication économique, la ou plutôt les théories de la monnaie débouchent sur des politiques de taux d’intérêt et de change qu’il vaut mieux, pour s’assurer qu’elles soient appliquées de manière conséquente, confier à des économistes aux compétences en matière monétaire reconnues par leurs pairs, et aussi éloignés que possible des appareils politiques (encore qu’il ait été longtemps, et peut-être encore aujourd’hui, de tradition en Suisse d’accorder la préférence à des candidats aux sympathies plus ou moins affichées pour tel ou tel parti gouvernemental, radical, libéral ou démocrate-chrétien de préférence).

Mais conséquent ne veut pas dire forcément agréable. Lorsque, conduite dans un environnement international favorable – circonstance déterminante pour une petite économie comme la nôtre ! –, la politique monétaire empêche l’inflation et favorise la croissance, la banque centrale s’attire le respect de tous. Quand au contraire, parce que les vents ont tourné, cette même banque centrale doit freiner des quatre fers et prendre l’économie à contrepied comme c’est le cas ici depuis le 15 janvier, on remet tout aussi naturellement en question sa compétence et son indépendance.

C’est injuste, mais c’est ainsi.

12:56 Publié dans Banques suisses | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | |

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