03/03/2015

Le difficile maniement de l’intérêt négatif

Comme on sait, la Banque nationale suisse avance depuis quelque temps en terrain inconnu. Le dernier en date de ses tâtonnements est celui du recours, inédit, à un taux d’intérêt négatif sur les avoirs en comptes de virement que les banques détiennent plus ou moins volontairement auprès d’elle. L’instrument, dont l’introduction avait été annoncée le 18 décembre 2014, devait d’abord être instillé à dose homéopathique (–0.25%, et cela uniquement sur les montants dépassant un minimum exonéré) à partir du 25 janvier 2015. Mais avant même cette date, et simultanément à l’abandon du cours plancher, la BNS l’a porté à –0.75%.


La Banque communique peu sur les motifs qui la conduisent à agir de la sorte. En décembre, elle avait expliqué que l’introduction d’un taux négatif rendait la détention de placements en francs moins attrayante et, partant, soutenait le cours plancher, «qui demeure l’instrument central pour prévenir le durcissement inopportun des conditions monétaires qu’entraînerait une appréciation du franc». Trois semaines plus tard, elle justifiait sa décision d’abaisser considérablement les taux d’intérêt par son souci d’éviter que la suppression dudit plancher «n’entraîne un durcissement inopportun des conditions monétaires». A l’instar de certains médicaments, les taux négatifs ont donc des effets contraires selon la dose prescrite : en faibles quantités, ils étaient censés soutenir le cours plancher. A doses plus fortes, ils devraient permettre de s’en passer. On verra bien.

Pendant ce temps, banques et autres acteurs concernés réagissent, de diverses manières. L’AVS, pour son fonds de compensation, et les caisses de retraite demandent à être exonérées, comme l’est déjà la caisse de la Confédération Publica. Assurances et banques gérant les avoirs du 3e pilier ne voient pas non plus pourquoi elles devraient être soumises. Quant aux caisses maladie, qui entretiennent d’importantes réserves, elles n’ont pas attendu longtemps pour se joindre au chœur des lamentations. Enfin, ayant remarqué que les grandes banques, les caisses Raiffeisen et plusieurs banques cantonales échappaient pour des motifs purement arithmétiques à la mesure, les banques spécialisées dans la gestion de fortune (qui, faute d’opportunités de placement susceptibles de satisfaire leur clientèle, entretiennent d’importants avoirs auprès de la BNS), réclament d’être traitées sur un pied d’égalité. Faute de quoi celles de ces institutions qui, abritées de la concurrence, peuvent se le permettre, ne tarderont pas à répercuter la pénalité, d’une manière ou d’une autre, sur les épargnants et les assurés.

Plus prosaïquement, il n’aura échappé à personne que la détention d’espèces est encore le moyen le plus simple de contourner l’intérêt négatif. Le nombre record de billets de 1000 francs en circulation (40,5 millions au 31 décembre) en serait, de l’avis de certains, le meilleur indice, quoique leur proportion, en valeur, dans l’ensemble des billets (60%) demeure assez stable depuis 2011.

Reste que les comptes de virement des banques auprès de la BNS continuent de grossir. A fin janvier, ils approchaient les 385 milliards, en très forte augmentation par rapport au mois précédent (+17%). Singularité passagère, à moins d’y voir le signe que l’on s’attend en général, dans les milieux financiers, à une poursuite de la hausse du franc qui compenserait et au-delà l’impact des intérêt négatifs, ou, plus fâcheux encore, que l’on craigne un prochain retournement des marchés, en regard duquel une pénalité de -0.75% serait bien peu de chose…

07:05 Publié dans Banques centrales, Banques suisses, Croissance, gouvernance | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | |

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