24/02/2015

L'Ukraine dans une ou deux générations...

Dans les médias de l’ouest et du sud de l’Europe continentale, ceux d’Allemagne exceptés, on ne s’était guère intéressé jusqu’ici à ce qui se passe à l’Est, comme si le Mur et le rideau de fer, pourtant tombés depuis un quart de siècle, avaient tracé une marque indélébile dans les esprits. Pologne, Lituanie, Lettonie, Estonie, Slovaquie, c’est bien l’Union européenne, et pour les quatre dernières, c’est même la zone euro. Mais l’Europe centrale et a fortiori orientale, c’est si loin ! Alors l’Ukraine, vous pensez.


Avant Maïdan, c’est tout juste si on situait cet improbable pays sur la carte, quoique, au moment de l’Euro 2012, on avait pu apercevoir à la télé des images du stade de Donetsk et même, pour certains passionnés de foot, fouler le tarmac de son aéroport, aujourd’hui réduit en miettes par l’artillerie des rebelles pro-russes.

L’Ukraine pourtant, c’est un vaste pays, plus grand d’un bon cinquième que la France et presque aussi peuplé que l’Espagne, aux ressources naturelles abondantes, à la population remarquablement formée, et qui aspire dans son immense majorité à rejoindre la prospérité et la démocratie occidentales. L’Union européenne n’a pas vocation à s’étendre indéfiniment, et au surplus n’a aucune envie d’accueillir parmi ses membres un pays considéré par la Russie comme faisant partie de sa zone d’influence voire, au rythme où vont les choses, comme lui revenant de droit au moins pour la partie orientale de son territoire jouxtant la mer d’Azov, au nom d’une légitimité historique opportunément ressuscitée («Novorossiya»).

Mais l’Occident pourrait faire mieux, pour voler au secours de cette malheureuse victime de l’expansionnisme post-soviétique, que d’exprimer verbalement son indignation à chaque nouvelle violation des accords de Minsk. Non pas en lui procurant des armes «létales», ce qui ne ferait qu’envenimer la situation, mais en misant, dans une optique à plus long terme, sur son redressement économique, en l’assistant financièrement et commercialement, puis en l’aidant à venir à bout de la corruption qui la mine à tous les étages de sa bureaucratie.

Avec un peu de chance mais les probabilités sont bonnes, l’Ukraine, laquelle, à l’éclatement de l’URSS, se trouvait à peu près dans le même état de sous-développement que sa voisine la Pologne, pourrait en l’espace d’une ou deux générations et moyennant de solides réformes rejoindre le niveau de vie de cette dernière dont le produit intérieur brut par habitant, désormais égal à celui du Portugal, se rapproche peu à peu de la moyenne ouest-européenne. Or une Ukraine économiquement forte, aux richesses mieux réparties et débarrassée de ses oligarques, constituerait le meilleur rempart contre les visées annexionnistes de son ancienne puissance de tutelle.

Car il ne s’y trouverait plus, alors, de couches sociales s’en sentant exclues et ne voyant que dans un rattachement à la Russie proche – où l’herbe, imaginent-elles naïvement, est plus verte – le moyen d’accéder à un avenir meilleur.

14:48 Publié dans Démocratie, Europe, Russie | Lien permanent | Commentaires (1) | |  Facebook | | |

Commentaires

Parler raison, comme vous le faites, ne fait manifestement pas partie des buts intimes de la majorité des pays de l'Ouest.

Écrit par : Mère-Grand | 26/02/2015

Les commentaires sont fermés.