17/02/2015

Pourquoi ne pas creuser plus avant l’idée d’un «fonds souverain»?

Rappel des épisodes précédents. Parce qu’elle est un pays économe, vertueux, accessoirement discret sur les fortunes d’ailleurs qui viennent se déposer dans ses banques, la Suisse dispose depuis des lustres d’une monnaie forte, ce qui constitue indubitablement un avantage à certains égards mais pose néanmoins quelques problèmes de compétitivité à son industrie.


Afin de limiter la casse lors des crises qui affectent de manière récurrente les autres espaces monétaires et poussent à chaque fois le franc vers de nouveaux sommets, la Banque nationale suisse a tenté à diverses reprises et par des moyens variables d’en freiner l’appréciation.Ainsi, en 1936, sous le régime de l’étalon-or qui confiait au Conseil fédéral la compétence de la modifier, la parité-or du franc fut tardivement dévaluée, bien après celle d’autres monnaies. 

En 1946, un double marché censé freiner l’afflux de devises fut temporairement institué.Au début des années 60, des accords de swaps passés avec d’autres banques centrales avaient vocation à soutenir les monnaies faibles (donc à freiner la hausse du franc par rapport à celles-ci), et des gentlemen’s agreements visant à limiter le crédit furent conclus avec les banques.En 1964, un arrêté fédéral urgent, élément d’une batterie d’autres mesures administratives dans le secteur de la construction notamment, confia de nouveaux pouvoirs à la BNS pour lui permettre de mieux lutter contre l’inflation.

Puis, au cours des premières années 70, encore sous le régime des changes fixes, on s’essaya toujours pour les mêmes raisons à faire barrage aux entrées de capitaux par le truchement de réserves obligatoires et d’intérêts négatifs.Enfin vint 1973 et la libération du cours du franc, contre l’appréciation explosive duquel il fallut à plusieurs reprises batailler ferme, jusques et y compris avec l’instauration du fameux cours plancher en 2011. Ouf!

Cette longue histoire, qui n’est certainement pas finie, démontre deux choses. La première, c’est qu’à moins de voir son image sérieusement écornée et sa balance des paiements, structurellement excédentaire, venir soudainement à l’équilibre, la Suisse est en quelque sorte condamnée à accumuler des créances sur le reste du monde. La seconde, c’est que face à cet afflux permanent de devises, la Banque nationale suisse n’a d’autre choix que de laisser le franc s’apprécier ou son bilan gonfler. Sa marge de manœuvre effective est donc faible pour ne pas dire nulle, et son indépendance, plus nominale que réelle.

Aussi, au lieu de balayer d’un revers de la main les propositions cherchant à tirer parti de la force du franc plutôt qu’à en subir les inconvénients, l’intelligentsia économique de ce pays ferait bien de leur accorder un brin d’attention. Pourquoi, par exemple, ne pas creuser plus avant l’idée d’un «fonds souverain» ou de toute autre manière de placer efficacement et durablement la partie surnuméraire des réserves officielles, comme déjà évoqué ici même?

Pourquoi, au demeurant, ne pas s’accommoder d’une croissance potentiellement illimitée de ces réserves, puisque aussi bien la création massive de francs qui en est la contrepartie finira, comme pour tout bien offert en surabondance, par en réduire l’attractivité, ce qui est après tout le but recherché?

Messieurs les experts, à vos modèles!

07:14 Publié dans Banques centrales, Capital, Concurrence, Ethique, Finances, Monnaie, suisse | Lien permanent | Commentaires (1) | |  Facebook | | |

Commentaires

Bonjour,

L’idée d’un «fonds souverain» qui a effectivement déjà été évoquée sur votre blog, mérite en effet d'être creusée. Mais au-delà du mandat confié à la BNS, qu'il faudrait étendre, c'est bien l'usage qui serait fait de ce "fonds souverain" qui risque de poser le plus de problèmes à nos élus politiques, un peu comme lors de la distribution des bénéfices de cette même BNS, ... lorsqu'il y en a. Car ici ce ne sont pas les idées qui manquent, il suffirait juste de les canaliser vers des intérêts économiques suprêmes, une tâche qui s'annonce d'ores et déjà ardue.

Merci d'avoir réactualisé cette idée de "fonds souverain" par le biais de ce billet !

Écrit par : Jean d'Hôtaux | 17/02/2015

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