27/01/2015

Vous reprendrez bien un peu de déflation ?

Les banques centrales ont deux perspectives en horreur, l’inflation et son contraire, la déflation. S’agissant de cette dernière, les choses sont claires : une baisse même légère, mais continue, des prix conduit les ménages et les entreprises à reporter à plus tard leurs dépenses de consommation et d’investissement, alourdit les dettes, aggrave les déficits publics, pèse sur l’emploi, et entraîne au bout du compte un recul sans fin de l’activité économique. A éviter absolument, donc.


 

Pour l’inflation, les choses sont un peu plus compliquées. Lorsqu’elle s’emballe, ce qui arrive lorsqu’elle est mal maîtrisée, la hausse des prix spolie les épargnants, accroît l’incertitude et aggrave les inégalités. Mais lorsqu’elle est contenue à un niveau raisonnable, juste en dessous de 2% par exemple (comme le postule la Banque centrale européenne ainsi d’ailleurs que la Banque nationale suisse), l’inflation présente beaucoup d’avantages, assez symétriques aux inconvénients de la déflation. On comprend dès lors que les banques centrales des pays et zones en proie à cette dernière n’hésitent pas à faire, comme on dit, tourner la planche à billets dans l’espoir d’amorcer la hausse des prix.

Mais voilà qui est vite dit. Si les attentes inflationnistes (l’idée que l’on se fait de l’inflation future) demeurent faibles voire négatives, la quantité de monnaie émise a beau augmenter, la dépense globale ne bougera pas. La vitesse de circulation de la monnaie, variable cruciale, aura simplement ralenti. Au lieu d’être dépensé, l’argent est thésaurisé. C’est exactement ce que constate la BCE et, dans un contexte assez différent, ce que connaissait la BNS jusqu’au 15 janvier dernier. Ni dans la zone euro, ni en Suisse, la hausse des prix n’approchait les 2%; elle demeure chez nous depuis des années inférieure à 0%, et est tombée sous ce niveau au mois de décembre dans les pays qui nous entourent.

En abandonnant le cours plancher pour les motifs que l’on sait, la BNS a délibérément engagé l’économie suisse en territoire déflationniste, puisqu’il en a résulté une hausse immédiate et massive du franc, avec pour corollaires de fortes pressions à la baisse des salaires et des prix, et un très vraisemblable recul de l’activité. L’avenir dira s’il y avait lieu de redouter davantage les pertes potentielles infligées au bilan de la BNS par le maintien du cours du franc que les pertes réelles en forme de chutes de production, d’emplois et de revenu qui auront découlé de son abandon. Ce qui est certain, c’est qu’en tant que pays stable, riche et prospère à la monnaie universellement désirée, la Suisse n’a d’autre choix qu’entre les deux termes de cette alternative.

Sauf, évidemment, à envisager l’inenvisageable, savoir l’abandon de sa souveraineté monétaire. Imaginons pourtant, un instant, une Suisse ayant intégré la zone euro : elle se retrouverait, aux côtés de l’Allemagne, des Pays-Bas, de l’Autriche et de quelques autres, en situation de quasi plein emploi, sans souci de cours de change ni de déflation, ayant par surcroît définitivement écarté les questions institutionnelles qui embarrassent tant ses relations avec l’Union européenne. Mais trêve de rêveries – ou de cauchemars, c’est selon.

Marian Stepczynski

07:12 | Lien permanent | Commentaires (4) | |  Facebook | | |

Commentaires

C'est tout-de-même étrange, pour ce qui est de se punir soi-même lorsque tous les voyants sont au vert, on est assez fort.

En sortant du cours plancher, il y avait certainement une possibilité pour éviter de tomber dans le mécanisme de la déflation: créer de la monnaie pour soi-même.

Rachat des dettes publiques (cantons communes) par la BNS. Taux zéro pour la construction et l'entretien de nos infrastructures.

Ce "levier" utilisé avec circonspection aurait certainement contribué à stabiliser les cours.

Le hic dans tout cela, c'est qu'il est impossible de présenter au monde une Suisse riche et et sans dettes. Imaginez, les jalousies, les envieux et les prédateurs.

Autant rester riches et vivre comme des pochtrons !

Écrit par : petard | 27/01/2015

On ne cesse de parler d'économie, de coûts de production, de baisse des marges, d'un chômage qui risque de s'emballer.
Mais personne ne parle des retraités de l'UE qui vivent en Suisse.
Certes il y en a beaucoup qui, ayant fait leur vie dans l'UE y restent. Mais il y en a certainement aussi beaucoup qui, souhaitant se rapprocher de leurs proches ou désirant simplement vivre dans un pays stable, ont décidé un jour de s'installer en Suisse.
Alors si l'Euro valait 1.65CHF il y a une dizaine d'années, leur retraite en CHF a été réduite de 27% lorsque l'Euro ne valait plus que 1.20CHF et aujourd'hui ces retraites sont réduites de 40%. Autant dire que pour la plupart ils se trouvent à la limite de la pauvreté.
Pire qu'en Grèce où la dévalorisation des salaires et des retraites est de 30%.
Mais les vieux ... ils vont bientôt mourir n'est-ce pas. Et ils ne travaillent plus ni ne cotisent plus à l'AVS. Alors peu importe, laissons-les là où ils sont.

Écrit par : Lambert | 28/01/2015

ne suis ni expert nini - tout comme notre modérateur JF Mabut.
sauf que ma mémoire me rappelle
d'une part que la Suisse été entrée en situation déflationiste (taux d'intérêts négatifs) avant décision de lâcher le blocage du cours plancher
> situation où de cruciales questions se posaient quant à la suite

et que d'autre part, si très peu de leviers semblaient exister à la portée de la Suisse face à l'UE dans cette situation de stagnation voire de déflation économique généralisée, ce qui me faisait pression était le coût faramineux du maintien du taux plancher par la BNS du CHF face à un euro en déperdition.

mais bon, suis pas expert: juste inquiet face à l'absence de consensus pour faire face à ce qui nous attend tous en Europe.

La BNS ne pouvait plus reculer. En attendant d'autres solutions de masse, Google se lance

Écrit par : genevois déshérité | 04/02/2015

Pire Ketty: je suis assez nul en analyse économique ce qui me donne un avantage substantiel sur les experts qui se focalisent sur des modèles pour le moins controversés.
La mesure de la BNS entraine-t-elle l'économie "laquelle" dans une spirale désinflationniste ou anticipe-t-elle sur une désinflation européenne et à l'image dans les alpes du speedrinding n'ouvre-t-elle pas un parachute sensé amortir l'inexorable chute?
Les alpes, sa pisse-vache , ses bisses , métaphores dont j'espère que l'on nous épargnera "le combat de reines"

Écrit par : briand | 05/02/2015

Les commentaires sont fermés.