06/01/2015

Il n'y a pas de déjeuner gratuit

La faiblesse persistante de l’euro joue de vilains tours à la BNS, dont le bilan ne cesse d’enfler. Il n’y a, en soi, aucune limite à la création de monnaie par l’Institut d’émission tout occupé qu’il est à défendre le cours plancher de 1.20 franc pour 1 euro, à l’inverse de ce qui se passerait s’il lui fallait au contraire – hypothèse qui ne s’est jamais rencontrée – lutter contre une dépréciation du taux de change du franc en en détruisant à la pelle.

Il n’y a aucun obstacle ni théorique, ni légal, à cette accumulation potentiellement illimitée de réserves de devises et à l’émission de monnaie qui s’ensuit, mais les ordres de grandeur atteints, et leurs possibles effets secondaires, commencent à faire réfléchir, et même à agir.


Le directoire de la BNS a ainsi annoncé que, dès le 22 janvier – jour où, par coïncidence, la Banque centrale européenne tiendra sa prochaine «réunion du Conseil des gouverneurs consacrée à la politique monétaire» (réunion qui aura lieu désormais toutes les six semaine) –, les avoirs à vue que les banques détiennent auprès d’elle seront frappés d’un intérêt négatif de -0,25%. Mesure pour l’heure assez symbolique, puisque les avoirs ne dépassant pas d’un multiple 20 les réserves minimales seront exonérés, de sorte que, à ce taux-là, seule la Banque cantonale de Zurich devrait être touchée dans un premier temps.

La BNS se réserve naturellement de recourir à d’autres mesures y compris probablement de relever l’intérêt négatif, et bien sûr de continuer d’acheter des euros – l’évolution de son bilan durant les derniers jours de 2014 semblant d’ailleurs indiquer qu’elle l’a fait par plusieurs milliards.

Là ou le bât blesse, c’est qu’un montant aussi colossal de réserves de devises (près de 500 milliards, soit l’équivalent de près des trois quarts du produit intérieur brut) exerce un incommensurable effet de levier sur les résultats comptables de la BNS : une perte gigantesque en cas de baisse du rendement des placements, et un bénéfice tout aussi disproportionné dans l’éventualité contraire. Les directeurs cantonaux des finances ne s’y sont pas trompés, qui ont immédiatement réagi au bouclement probablement très positif des comptes 2014 de la Banque (quelque 30 milliards de surplus) en faisant savoir qu’ils comptaient fermement sur un rétablissement des distributions de bénéfices à leur profit.

Une même démultiplication des effets, voire pire, se produirait le jour, heureusement fort éloigné, où la BNS renoncerait au cours plancher.

Pour amortir tout cela, la Banque constitue précautionneusement de substantielles provisions – 55 milliards de francs au 30 septembre dernier. Elle pourrait aussi être amenée à élargir la palette de ses placements (en direction des actions comme le lui suggèrent d’éminents professeurs) afin de constituer un meilleur socle de rendement pour le cas où.

Quant aux francs émis en veux-tu en voilà, ils ne font certes de mal à personne, sauf que, les banques restant frileuses dans leurs octrois de crédits en dehors des hypothèques, ils vont surtout alimenter les prix des actifs réels, qui atteignent ici ou là des sommets préoccupants. Comme quoi il n’y a pas de miracle ou, comme aiment à dire les économistes anglo-saxons, there is no free lunch. La Banque nationale suisse en est parfaitement consciente, et ses directeurs généraux doivent croiser les doigts sous la table à chaque fois que le franc vient taper le plancher.

09:52 Publié dans Banques centrales, Démocratie, Monnaie, Taux d'intérêt | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | |

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