09/12/2014

La France bien bas (l’Italie aussi)

On s’occupe beaucoup de la France ces temps-ci, nouvel «homme malade de l’Europe». Après la Grèce, l’Irlande, l’Espagne, le Portugal, Chypre et d’autres, elle passe à son tour, avec l’Italie qui se porte tout aussi mal sinon pis, pour le maillon faible de l’euro, et pas des moindres, puisqu’elle pèse à peu près le cinquième de la zone. La croissance y est faible voire nulle, le chômage persistant à un niveau élevé, les comptes publics de plus en plus déficitaires. Tout cela tranche avec les promesses électorales, et contrevient surtout aux règles communautaires, qui font du pays un cas non point unique mais certainement pendable.


Toutefois, à y regarder de plus près, les grandes données économiques ne placent pas systématiquement la France au dernier rang. L’agrégat le plus souvent servi, soit le produit intérieur brut, a en proportion de celui de la zone euro tout entière plutôt augmenté au cours de la douzaine d’années écoulées, passant de 21.0% à 21.5%, tandis que celui de l’Allemagne tendait plutôt à baisser (de 29.0% à 28.5%). Mais il est vrai que la population de la France a augmenté pendant que celle de l’Allemagne diminuait, si bien que le PIB par habitant, mesure plus fidèle du dynamisme économique, a évolué dans l’autre sens : entre 2002 et 2013, le PIB réel par tête n’a progressé que de 4% en France, alors qu’il augmentait de 14% en Allemagne.

Ce n’est pourtant pas exactement faute de dynamisme de la demande intérieure : aussi bien la «consommation finales des ménages» que la «formation brute de capital fixe» (l’investissement des entreprises, plus la construction), qui en sont les deux grandes composantes, ont vu en France leur part au PIB augmenter, alors qu’elles diminuaient en Allemagne. L’explication ? Elle tient presque tout entière dans la proportion du PIB qui est exportée, en augmentation spectaculaire pour l’Allemagne, puisque passée de 35.7% en 2002 à 50.7% en 2013, mais restée stagnante pour la France (27.5% en 2002, 27.2% en 2013).

Il y a donc bel et bien un problème de compétitivité de l’économie française, assorti de, ou causé par, une faible efficacité de l’effort d’investissement. En gros, la France investit beaucoup mais surtout à travers l’investissement public (mal orienté?), tant ses entreprises, ployant sous l’impôt et les charges sociales, doivent se contenter de marges très inférieures à la moyenne européenne. Au final, la «part des profits dans la valeur ajoutée des sociétés non financière» (l’excédent brut d’exploitation), en baisse régulière, n’y était plus que de 28.4% en 2012, alors qu’en Allemagne cette part tendait plutôt à augmenter, pour se situer à 40.1% la même année.

Immense machine à redistribuer (les prélèvements publics absorbent plus de la moitié – 54% – du PIB) au profit surtout de ses régimes de vieillesse et de santé, sans grande efficacité ni reconnaissance particulière de la part des récipiendaires, la France devrait en somme réformer à peu près tout ce qu’elle avait mis sur pied au sortir de la guerre, à commencer par un code du travail censé protéger les salariés mais qui en prive une bonne partie de tout espoir d’accéder à l’emploi, et une organisation du partenariat social qui favorise pécuniairement parlant les centrales syndicales au lieu de profiter à leur adhérents. Quel chantier !

09:11 Publié dans Chômage, Croissance, Démocratie, Europe, Futur | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | |

Les commentaires sont fermés.