02/12/2014

Méfiez-vous des indices! L’inflation revient, mine de rien

Méfiez-vous des indices ! A les en croire, les prix à la consommation continueraient de baisser ou à tout le moins demeureraient inébranlablement stables. Ainsi, à fin octobre, l’indice genevois des prix à la consommation affichait une hausse de 0,1% sur un an. Négligeable. Il était même, à 99,8 points, inférieur de 0,2% à la base 100 de décembre 2010. Mais considérez les choses de plus près. Enlevez par exemple le mazout, les carburants, les marchandises importées : le tableau change. Les «biens et services indigènes» sont à 102,1, les services à 103,6, et les loyers des logements à 107,6. Ce n’est pas de l’hyperinflation, mais ce n’est plus de la stabilité. Le «choc pétrolier inverse» (la baisse rapide du prix du baril), les importations à bas coût de Chine et le niveau élevé du franc ont donc contribué à masquer un renchérissement interne qui commence à se préciser.


Il y a des signes qui ne trompent pas. Au hasard et dans le désordre, on peut évoquer la contestation syndicale qui frappe les TPG et la fonction publique genevoise mais pas seulement (songez aux professionnels de la santé ou, à l’étranger, aux mécaniciens de la Deutsche Bahn et de la SNCF, aux aiguilleurs du ciel, aux services aéroportuaires, aux pilotes de diverses compagnies aériennes, etc.) et est annonciatrice de hausses des charges salariales qui d’une manière ou d’une autre se répercuteront sur les prix. De même les monopoles publics des services de réseaux (électricité, eau, etc.) saisissent l’occasion de marchés d’approvisionnement momentanément déprimés pour relever leurs tarifs connexes (jusqu’à +30% pour les SIG !). Les spirales de renchérissement démarrent toujours par des hausses isolées, déclenchées sous les justifications les plus diverses, et ces poussées des coûts (d’où l’expression cost push inflation) sont ensuite relayées par la demande (demand pull inflation) au fur et à mesure que l’utilisation des capacités de production s’améliore et qu’il devient plus facile, pour les entreprises, de répercuter la hausse des coûts sur les prix.

Pour autant, on ne passe pas sans autre de la déflation à l’inflation. Les esprits se sont habitués à la stabilité des prix, comme le montre la persistance d’un niveau extraordinairement bas des taux d’intérêt à long terme, et les capacités inutilisées – le sous-emploi – demeurent partout substantielles, d’où le peu d’investissements. Mais ce sont là des situations appelées à évoluer, et le moment venu elles pourraient évoluer rapidement. Songeons par exemple à la brutale remontée des taux hypothécaires entre 1988 et 1990 (de 5% à 8%) consécutive à un resserrement du crédit officiel que la même BNS devra bien réitérer un jour ou l’autre, ne serait-ce que pour ramener un bilan hypertrophié à de plus raisonnables proportions.

D’ailleurs, partout dans le monde, des Etats-Unis au Japon en passant par l’Europe, les autorités monétaire appellent de leurs vœux, et font tout pour l’exaucer, un soupçon d’inflation. Elles finiront bien par être entendues…

09:18 Publié dans Croissance, gouvernance, Inflation/déflation | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | |

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