11/11/2014

Qui dit vrai sur l'or? Il y a de la friture sur la ligne

Dans les débats qui précèdent chaque votation fédérale, partisans et opposants du sujet à l’ordre du jour s’affrontent souvent à coups d’arguments d’égale pertinence qui laissent l’électeur pantois. Mais lorsqu’il s’agit de questions économiques et à plus forte raison monétaires, il arrive que la froide rationalité des experts échoue à convaincre devant le bon sens – ou ce qui en tient lieu – déployé par le camp adverse. Ainsi l’autre jour, sur une antenne romande, un éminent économiste peinait à démontrer à l’habile politicien qui lui faisait face combien l’initiative sur l’or, censée pour ses auteurs raffermir le franc et la crédibilité de l’Institut d’émission, risquait en réalité d’aller exactement à fin contraire.

Une partie de la difficulté venait bien sûr du fait que l’un, orateur par métier, est rompu à l’exercice de la prise de parole en public, tandis que l’autre a rarement l’occasion de faire preuve d’éloquence en dehors des salles de cours.


Mais il y a plus. Les économistes ont toutes les peines du monde à rendre intelligibles pour le commun des mortels des enchaînements de cause à effet d’une assez grande complexité il est vrai, mais dont il est surtout impossible, faute d’expériences reproductibles, de démontrer le caractère irréfutable. En face en revanche, il n’est pas très compliqué aux avocats de la cause de ne retenir de l’histoire monétaire de ces dernières décennies que les tranches favorables à leur thèse, et de parsemer leurs plaidoiries de références aux articles de lois régissant la matière – ce qui relève du droit l’emportant évidemment sur la logique floue des théories monétaires.

Et il y a plus encore. La conduite de la politique économique en général et celle de la politique monétaire en particulier ont ceci de propre qu’elles mettent un certain temps à rendre visibles leurs effets, alors que la politique tout court ne peut attendre : l’or doit recouvrer hic et nunc sa primauté dans le bilan de la banque centrale, et l’inviolabilité de son stock, être gravé sans délai dans la loi fondamentale. Rappeler, comme le tentent en vain les économistes, que depuis que les autorités ont appris à s’affranchir de la tyrannie de l’étalon-or et mieux compris les mécanismes sous-jacents aux déséquilibres monétaires, l’inflation a quasiment disparu et les fluctuations conjoncturelles n’ont plus jamais compté, en points de pourcentage du produit intérieur brut, davantage que les doigts d’une seule main, rappeler ces conquêtes, fondamentales, sur l’adversité et l’incertitude qui caractérisaient la vie économique d’autrefois ne peut offrir qu’une piètre résistance à l’artillerie lourde des «bullionistes» d’aujourd’hui.

La Banque nationale suisse saurait s’accommoder du retour d’un carcan métallique dont elle vient tout juste de se débarrasser (la couverture or de la circulation fiduciaire n’a été formellement levée qu’en 2000), de même que l’économie dans son ensemble ne s’effondrerait pas en cas de limitation abrupte de l’immigration. Mais il est affligeant que ce soit de la mécompréhension de certains enjeux, mal compris parce que malhabilement présentés et expliqués, bref, que ce soit d’une mauvaise communication que puissent naître, et éventuellement se traduire en décisions par la volonté du peuple souverain, des choix contraires à l’intérêt général.

09:42 Publié dans Banques centrales, Finances, Or | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | |

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