04/11/2014

Or de la BNS: des initiants pas bien malins

A moins d’une grande surprise, l’initiative «Sauvez l’or de la Suisse» devrait être repoussée le 30 novembre prochain. Cela dit, ses auteurs n’ont pas été très malins. Leur souci de préserver l’or de la Banque nationale suisse aurait presque à coup sûr rallié une majorité s’ils s’étaient contentés de proposer que le stock actuel devienne intangible.
 
Cela n’aurait pas beaucoup limité l’autonomie de la BNS (puisque celle-ci ne touche plus à son or depuis belle lurette), cela aurait rassuré tous ceux des Suisses qui croient dur comme fer à l’utilité stratégique et monétaire d’une réserve de métal jaune, et cela aurait suffi à convaincre l’étranger que le franc demeure une monnaie sur laquelle l’Institut d’émission garde la maîtrise.


En revanche, l’idée au premier abord séduisante mais en réalité et à tous points de vue insensée d’obliger la BNS à figer une proportion de ses actifs sous forme d’or aurait exactement l’effet contraire. Finie, l’indépendance de la BNS, enterrée, la stabilité du franc, et définitivement compromise, la perspective de distributions régulières de bénéfices au profit des cantons et de la Confédération.

En effet, comme cela a été relevé par beaucoup de commentateurs y compris à l’étranger, l’obligation dans laquelle se trouverait la BNS d’augmenter à relativement bref délai (cinq ans au plus) ses réserves d’or jusqu’à ce que celles-ci atteignent le cinquième de l’actif de son bilan aurait trois conséquences délétères.
Premièrement, cela rendrait très délicate pour ne pas dire impraticable la défense d’un taux plancher tel que la BNS en a fixé un face à l’euro, puisqu’il ne lui serait mathématiquement plus possible d’émettre des francs en quantités au besoin illimitées: plus elle en mettrait en circulation, plus elle devrait acheter d’or. Deuxièmement et à ce rythme, elle finirait par ne plus posséder que de l’or dans ses réserves monétaires, de sorte que la maîtrise du taux de change lui échapperait totalement.
 
Enfin troisièmement, elle n’encaisserait plus aucun revenu du placement de ces réserves, puisque l’or ne rapporte rien, et c’en serait fini des distributions de bénéfices, hormis celles – au demeurant problématiques – fondées sur d’éventuelles plus-values comptables.
 
La gestion de la quantité de monnaie mise en circulation, instrument central de la politique monétaire une fois oublié tout objectif de taux de change, demeurerait certes théoriquement possible, mais ne pourrait plus passer que par l’émission par la BNS de titres de dette sur elle-même, sous la forme de créances comptables à court terme négociables (dites «bons de la BNS»). Hormis le fait que ce type particulier de gestion du passif de son bilan ne fonctionnerait qu’à sens unique (la BNS ne pourrait pas racheter davantage de créances qu’elle n’en aurait émises), il n’en résulterait que des coûts (les intérêts servis aux porteurs de bons), qui viendraient s’ajouter à ceux découlant de la gestion d’un actif improductif.
 
Bref, à force de vouloir bien faire, les initiants n’ont réussi qu’à proposer de transformer la Banque nationale suisse en gardienne coûteuse et impuissante d’un coffre-fort dont elle n’aurait même pas la clé.

07:34 Publié dans Banques centrales, Démocratie, Or, suisse | Lien permanent | Commentaires (1) | |  Facebook | | |

Commentaires

Commençons par rapatrier tout l'or déposé aux USA car personne ne nous dit avec certitude que cet or existe encore ! Je ne fais aucune confiance aux USA car un jour à l'instar du général Collins devant l'ONU ils nous présenterons une fiole renfermant un peu de poussière d'or en nous disant que c'est tout ce qui reste.
Oui, que la BNS vendent ses euros contre de l'or déposé en Suisse.

Écrit par : F.H.Jolivet | 04/11/2014

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