28/10/2014

Chassez le risque, il revient au galop

Dimanche midi, la Banque centrale européenne (BCE) a donc présenté les résultats de sa nouvelle «évaluation complète des bilans bancaires» culminant avec le très attendu «test de résistance» – plus sévère que les précédents y compris celui de 2011 – auquel étaient soumises cette fois-ci les 130 banques «les plus significatives» de la zone euro. Comme prévu, l’immense majorité des établissements retenus (105 sur 130) a passé sans trop de difficultés l’examen, articulé autour d’un «scénario stressé» qualifié de «très sévère», puisque incluant parmi les hypothèses principales un important décrochage du produit intérieur brut, une hausse marquée des taux à long terme, et une chute brutale des prix de l’immobilier, de plus de 10% par an pendant deux ans. Les banques recalées sont celles qui, après avoir raclé tous leurs fonds de tiroirs (réserves, provisions, correctifs de valeur, etc.), se retrouveraient avec un ratio de fonds propres pondéré par les risques inférieur au minimum exigé (5% en 2016). Elles auront quinze jours pour présenter, et neuf mois à tout casser pour mettre en œuvre un plan de recapitalisation.


L’épreuve, conçue pour rassurer les marchés financiers et, par-delà les banques elles-mêmes, rétablir un minimum de confiance dans l’ensemble de l’économie, aura comme tous les exercices de pompiers atteint son objectif. Peut-on pour autant jurer que, dans le vrai monde, tout risque de crise bancaire est désormais écarté ?

Il s’en faut de beaucoup. Primo, les catastrophes financières ne se déclenchent jamais là où on les attendait, et les victimes qu’elles atteignent ne sont pas celles qu’on imaginait. Qui par exemple pouvait penser, lors de la crise des subprime, que parmi les bilans bancaires les plus chargés de crédits pourris figureraient ceux d’une série de Landesbanken allemandes (deux d’entre elles se retrouvent d’ailleurs dans l’échantillon retenu par la BCE) ? Deuxio, le scénario le plus sévère n’est pas forcément le plus pertinent : ce qui détruit durablement la substance des banques est moins l’amputation soudaine d’un morceau de l’actif de leurs bilans qu’une longue et lente descente aux enfers, comme celle que vit actuellement la zone euro aux prises avec une sournoise déflation. Enfin tertio, un matelas de fonds propres suffisamment solide pour résister à une amputation de l’actif ne supprime pas le risque, mais l’envoie se balader ailleurs, puisque les fonds propres emportés par la crise sont perdus à jamais pour leurs propriétaires, actionnaires privés, publics et semi-publics, dont l’appauvrissement ne peut rester sans conséquence pour l’économie tout entière : il en résulte fatalement une contraction supplémentaire de la demande, qui expose les banques à une nouvelle chute de leurs actifs, et ainsi de suite.

En somme, pour consolider un système bancaire exposé il est vrai à des risques systémiques, le régulateur est un peu comme le noctambule qui, pour retrouver sa clé tombée par terre, la cherche sous la lumière d'un réverbère.

07:19 Publié dans Capital | Lien permanent | Commentaires (1) | |  Facebook | | |

Commentaires

sauf que le format actuel de l'économie mondiale que nous subissons est celui formé par
- la finance mondiale, contrôlée par les grandes industries énergies-Btp, agro alimentaires et chimiques vs.
- celui des narco-trafiquants qui surpasse les précédentes en termes de pouvoir et chiffres d'affaires

sauf que ce format issus du 19s dont les générations de tous contribuables de tous pays se voient devoir payer les intérêts est devenu non seulement incapable de fournir mais destructeur de développement à long terme

Monsieur, interrogez et exigez de vos étudiants en master qu'ils proposent de nouvelles options, en tant que chercheurs d'un format économique mondial viable: circuits énergétiques en araignée d'économies locales fournisseuses d'emploi, etc

Écrit par : pierre à feu | 28/10/2014

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