14/10/2014

Mais non mais non, mais si mais si !

Collé à l’euro comme la Suisse l’est à l’Europe sans vouloir l’admettre, le franc profite indirectement de la dépréciation de la monnaie unique. Il bénéficie autant qu’elle d’un avantage de change sur tous les marchés sur lesquels les transactions s’affichent en dollars ou dans l’une ou l’autre des monnaies (la livre par exemple) qui suivent à peu près la même trajectoire. Peu importe ici de savoir si les récentes variations des taux de change effectifs sont dues principalement à la hausse du billet vert ou à la baisse de l’euro, car les mêmes phénomènes expliquent les deux mouvements : une divergence naissante et destinée à durer des politiques monétaires adoptées de part et d’autre de l’Atlantique (tendance au resserrement à la Réserve fédérale, au desserrement à la Banque centrale européenne), qui creuse un écart dans les taux d’intérêt et invite par conséquent les capitaux à quitter l’euro pour se placer en dollars, selon la plus élémentaire des stratégies de carry trade (portage en français).


Les grands argentiers réunis à Washington pour les assemblées annuelles des institutions de Bretton Woods (Fonds monétaire international et Banque mondiale) ont juré leurs grands dieux qu’ils ne voyaient rien de répréhensible dans la faiblesse de l’euro, retombée collatérale et non objectif principal des récentes décisions de la Banque centrale européenne. Ce qui n’a pas empêché les Etats-Unis de s’inquiéter des effets de l’appréciation du dollar sur la compétitivité de leurs exportations.

On verra si cette relative mansuétude américaine à l’endroit du déplacement du centre de gravité dans la relation dollar/euro résistera en cas de dévalorisation persistante de la devise européenne. L’histoire monétaire de ces dernières années montre en tout cas qu’il s’en est fallu d’un cheveu que la faiblesse du yuan chinois ne déclenche une guerre commerciale transpacifique, et si l’on s’est finalement accommodé sans trop broncher de l’interminable descente du yen japonais, c’est sans doute davantage par indulgence à l’égard d’un pays plongé dans la plus longue récession de son histoire que par respect pour les principes du libre flottement des taux de change.

Mais venons-en au franc. Son alignement sans faille depuis septembre 2011 sur la monnaie unique le range ipso facto parmi les monnaies en baisse par rapport au dollar, et cette fois-ci sans excuse quant à l’objectif suivi : le but visé par la Banque nationale suisse est bel et bien un objectif de change, non celui d’un soutien à une conjoncture intérieure qui n’a nul besoin d’être soutenue. De sorte que les reproches qui ne sont pas encore adressés à la BCE pourraient bien l’être à la Suisse, qui profite à tous égards, en matière monétaire comme en tant d’autres, de sa position de «passager clandestin» d’un convoi européen confronté à des problèmes dont elle ne partage pas le fardeau.

Si sa politique de change échappe – pour l’heure – à une mise en examen plus attentive par ses pairs, ce ne peut être que pour la raison qu’elle ne compte pas, malgré ses prouesses pharmaceutiques ou horlogères, au nombre des poids lourds du commerce international. Mais sait-on jamais ?

07:11 Publié dans Banques centrales, Dollar, Europe, Monnaie, suisse, Zone euro | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | |

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