30/09/2014

Insaisissables coûts de la santé

Les Helvètes poursuivent des chimères en imaginant que la maîtrise des coûts de la santé est à leur portée. Ils peuvent lancer toutes les initiatives qu’ils voudront, les faits demeureront têtus. Le vieillissement démographique continuera son œuvre, porteur d’une demande croissante de soins de plus en plus lourds. Le progrès des techniques médicales ne cessera d’imposer le recours à des équipements de dernière génération avant que la précédente ne soit complètement amortie, et la recherche débouchera toujours sur des molécules prometteuses mais d’une rare complexité, et par conséquent hors de prix. Et puis, tout simplement, une logique économique vieille comme le monde veut qu’au fur et à mesure que le niveau de vie s’élève, la part du revenu consacré au bien-être, donc à la santé, augmente.


Ce qui reste difficile à avaler, c’est que ces coûts et ces prix dépassent de beaucoup leur niveau à l’étranger, y compris dans les pays qui se plaignent, eux aussi, de trop payer en comparaison internationale. Voyez les médicaments. Même si, les pressions fédérales aidant, ces différences ont diminué, les préparations originales et surtout les génériques demeurent plus chers en Suisse. En 2005 déjà santésuisse, l’organisme faîtier des assureurs-maladie, remarquait que les prix des 100 médicaments les plus vendus en Suisse étaient en moyenne de 15% à 30% (selon que leurs brevets étaient échus ou non) plus élevés qu’ailleurs, notamment qu’en Allemagne ; ce qui n’empêchait pas, il y a 15 jours, le dernier Arzneiverordnungsreport des économistes allemands de la santé de constater que le prix des médicaments brevetés y était de 31% plus élevé qu’en France, en partie il est vrai pour la raison que la TVA appliquée dans ce dernier pays aux spécialités pharmaceutiques remboursables par la sécurité sociale n’est que de 2,1%, au lieu des 19% pratiqués outre-Rhin. Mais même hors taxes, la différence reste notable (9%).

Heureux les Français ? Que non ! «Des médicaments beaucoup trop chers», titrait Libération en juin 2013. Et de prendre pour exemple le Plavix, cet antiagrégant plaquettaire, vendu alors 37 euros en France (32 aujourd’hui), contre 15 euros en Italie (mais 57 francs en Suisse). Ou ce nouveau traitement de l’hépatite C dont l’administration coûterait à la «Secu» 18 fois le prix pratiqué de l’autre côté des Alpes. Bref, on est toujours plus cher que son voisin.

Pour autant, les médicaments ne représentent guère plus de 17% des dépenses totales de santé en moyenne pour l’ensemble des pays de l’OCDE, et moins encore pour la Suisse (où, malgré leurs prix élevés, il s’en consomme moins, ceci expliquant cela). Là où la Suisse bat des records, c’est en matière hospitalière, puisque les coûts des établissements de santé (hôpitaux et homes médicalisés) y absorbent presque 55% des dépenses totales, soit 37 des 68 milliards de francs enregistrés pour 2012, derniers chiffres connus. De sorte que même si elle n’est plus, derrière les Etats-Unis, le pays qui consacre la plus grande part de son produit intérieur brut aux dépenses de santé, la Suisse demeure celui qui en met le plus à charge des principaux intéressés, les ménages. Pour quel résultat ? Un état de santé dans la moyenne européenne, une espérance de vie à la naissance qui nous classe au 17e rang mondial, donc pas de quoi pavoiser.

Mais il est vrai que, utile ou pas, la qualité se paie, et pourquoi ce qui vaut pour tous les autres biens et services vendus en Suisse ne se vérifierait pas, aussi, pour les biens et services de santé.

15:31 Publié dans Assurance maladie, Finances publiques, Santé | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | |

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