23/09/2014

L'euro à 1 fr 20: les martingales de l’argent facile

A chaque fois que le franc fait mine de se rapprocher du cours plancher de 1.20 franc pour 1 euro, la question resurgit: n’y a-t-il pas une limite aux interventions que la Banque nationale suisse devra peut-être envisager pour le défendre ?

Non, faut-il encore et toujours le rappeler, il n’y a par définition aucune limite à la quantité de monnaie qu’une banque centrale peut créer pour empêcher la hausse de son taux de change. Tout autre est la situation qui prévaudrait s’il s’agissait à l’inverse d’en empêcher la baisse : la banque centrale serait alors limitée par le montant des réserves de change à sa disposition. Une fois ces réserves épuisées, elle n’aurait d’autre choix que de laisser choir sa monnaie.


Que ces réserves enflent sans limite dans le cas contraire, autrement dit que la banque centrale accumule sans retenue des devises (des euros dans le cas présent) ou des titres de créances (obligations d’emprunts d’Etats étrangers par exemple) achetés au moyen de celles-ci, implique certes un risque de pertes considérables dans l’hypothèse où la banque centrale, renonçant à intervenir, laisserait du coup le taux de change de sa monnaie s’apprécier.

Le vrai risque est ailleurs. Moins dans un réveil de l’inflation qu’on ne voit pas se profiler à l’horizon – ni dans le montant même abyssal des pertes encourues par la banque centrale, sans signification autre que comptable – que dans l’impact de l’accroissement de la quantité de monnaie sur le niveau des taux d’intérêt, qui ne cessent de baisser, que ce soit à cours, moyen ou long terme. Souhaitable dans les économies en proie au sous-emploi, le niveau aujourd’hui extrêmement bas de ces taux dans les pays qui, comme le nôtre, frôlent au contraire le plein emploi induit plusieurs effets pervers. Il stimule l’activité quand il faudrait plutôt la freiner, notamment sur le marché immobilier. Mais il offre aussi aux intermédiaires financiers, à commencer par les banques, l’occasion unique de gagner beaucoup d’argent sans courir le moindre risque, en se livrant à certaines formes de ce qu’on appelle pudiquement les opérations pour compte propre, savoir en l’occurrence l’achat, au moyen de fonds empruntés à des taux pratiquement nuls, de titres de bonne qualité dégageant un revenu régulier supérieur, lui, à zéro. Du «carry trade», en somme, involontairement favorisé par les banques centrales.

Les nouvelles réglementations destinées à pallier les risques systémiques tentent de limiter ce type d’opérations, en réduisant le ratio d’endettement des banques (exigences de Bâle III en Europe) ou en les interdisant carrément («règle Volcker» aux Etats-Unis). Difficile, cependant, de séparer le bon grain de l’ivraie, de limiter ce qui est pur effet d’aubaine pour conserver ce qui est utile à l’ensemble de l’économie – ou en tout cas utile dans les circonstances présentes pour certains pays : comment empêcher les banques d’acheter des titres d’Etat sans mettre par là même en péril, en France, en Italie, en Espagne, des finances publiques déjà vacillantes ?

On en vient dès lors à considérer avec moins de scepticisme l’éventualité de taux négatifs, évoquée tout récemment au détour d’un commentaire par un membre de la direction de la BNS, et même testée, jusqu’ici sans beaucoup d’effets, par la BCE depuis le mois de juin.

Reste que, là encore, avantages et inconvénients se tiennent en balance, rendant l’efficacité de la mesure difficile à évaluer. Les métiers de la finance ont encore de beaux jours devant eux.

07:58 Publié dans Monnaie, Prix | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | |

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