16/09/2014

Il y a 6 ans, Lehman Brothers faisait faillite

Ce lundi, il y a six ans jour pour jour, la banque d’affaires américaine Lehman Brothers faisait faillite et déclenchait la pire crise financière de l’après-guerre. En Europe occidentale comme dans l’ensemble du monde développé, la croissance demeure depuis lors quasi nulle, ou en tout cas trop faible pour assurer un redressement de l’emploi.

Il faudrait en effet, pour que le chômage recule, une augmentation du produit intérieur qui soit supérieure à celles, réunies, de la productivité et de la population désireuse de travailler. Or on en est loin, du moins en Europe : même si la démographie y est pratiquement stationnaire (+ 0,1% pour l’ensemble de l’UE) et les gains de productivité (moins de 1%) très éloignés de leur évolution tendancielle, le taux de croissance moyen depuis 2008 y est nul, et celui de la zone euro est même négatif (-0,3%).


Conséquence, le secteur privé n’investit pas faute de perspectives, le secteur public non plus quand bien même il le voudrait, austérité oblige. Si bien que les crédits bancaires reculent, puisque personne ne veut ou ne peut emprunter. On comprend dès lors que les politiques monétaires soient largement inopérantes. Même le recours en soi controversé des banques centrales aux taux négatifs n’y change rien ; comme disent les anglo-saxons, il ne sert à rien de «pousser sur la corde».

Or la persistance d’un large sous-emploi des ressources productives et singulièrement du travail n’est pas seulement choquante et profondément injuste, elle a aussi à l’origine d’un effet pervers sur ce que l’on appelle la croissance potentielle : plus le sous-emploi dure, moins les taux de croissance qu’il sera possible ensuite de retrouver seront élevés. Parce que les qualifications professionnelles et les savoirs acquis se perdent, et que le stock de capital physique, ne se renouvelant pas suffisamment, devient obsolète.

D’où la pertinence des appels lancés à l’engagement de vastes programmes d’investissements en infrastructures, ces 300 milliards d’euros suggérés par Jean-Claude Juncker, le président désigné de la Commission européenne, ou plus hardiment encore les 700 milliards évoqués par le polonais Donald Tusk juste avant sa désignation en tant que nouveau président du Conseil européen.

Reste à trouver, pour les pays de la zone euro, le moyen de contourner l’obstacle du pacte de stabilité, savoir le redressement promis juré de leurs finances. Comment investir sans s’endetter encore plus ? La solution réside peut-être dans la mobilisation d’instruments tels que la BEI et la BERD, qui peuvent, ou devraient pouvoir, soutenir des initiatives conduites en dehors du cadre budgétaire étatique au sens strict.

Inspirées du modèle de la BIRD (la Banque mondiale si l’on préfère), ces banques publiques d’investissement ont la capacité de collecter une épargne privée presque partout excédentaire, et l’expertise nécessaire pour en assurer sans risque d’échec l’engagement dans des projets à long terme. A l’heure actuelle, ces institutions fonctionnent si l’on ose dire au ralenti. Rien n’empêcherait qu’elles multiplient, pourquoi pas, par deux ou trois leur taux d’activité. Chiche ?

 

PS. A notre modeste échelle locale, feu le Conseil économique et social avait imaginé sur ce même schéma la création d’une banque régionale d’investissement. Qui serait bien utile pour régler la question d’une certaine traversée lacustre…

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