09/09/2014

Super Mario, les banques et les grévistes

Le président de la Banque centrale européenne (BCE), l’Italien Mario Draghi, vient de surprendre son monde en postulant comme jamais encore un recours quasi illimité à la planche à billets (savoir «à tous les instruments disponibles» – lire : au QE, alias le quantitative easing) pour assurer la stabilité des prix à moyen terme. L’idée étant, rappelons-le, que le pire des dangers serait l’installation de la zone euro dans une situation de déflation durable, à la japonaise.

Ces propos ont aussitôt attiré le scepticisme des uns (les taux directeurs étant déjà quasiment à zéro, quelle pourrait bien être la portée d’un tel QE ?) et la critique des autres (de pareilles largesses, y compris en matière budgétaire comme vient de le suggérer le patron de la BCE à l’adresse des chefs de gouvernement, ne feraient que les détourner de l’objectif prioritaire qui doit demeurer le redressement des finances publiques). En revanche ils ont eu, ces propos, pour effet de faire à nouveau plonger l’euro face au dollar.


Le fait, si l’euro a baissé  face au dollar, ce qui était aussi le but recherché, ce n’est pas seulement «grâce» à la BCE, mais aussi et surtout parce que la confirmation de la reprise américaine, et la perspective d’un prochain resserrement de la politique de la Réserve fédérale, encouragent depuis le milieu de l’année les marchés à lâcher les placements européens pour leur préférer les actions américaines. C’est ainsi par exemple qu’UBS, dans sa dernière newsletter destinée aux investisseurs (Chief Investment Office Weekly), rebalance complètement son «allocation tactique d’actifs» en «sous-pondérant» quasi complètement l’eurozone au profit des Etats-Unis désormais largement «surpondérés». 

Ce genre de recommandation constituant un indicateur retardé plutôt qu’un indicateur avancé, à considérer l’habitude qui est généralement celle des stratèges de banques en la matière, on peut sans grand risque de se tromper affirmer que les capitaux en quête de meilleurs rendements ont d’ores et déjà pris la direction du marché américain, avec pour résultat un arbitrage dollar contre euro qui, plus efficacement que la politique monétaire de la BCE, a permis à la monnaie unique de se déprécier sensiblement (-6%) face au billet vert.

Ce ne serait d’ailleurs pas une première : à chaque fois que l’économie américaine a connu ou s’est apprêtée à connaître un fort rebond conjoncturel, le dollar a repris du poil de la bête, la psychologie des acteurs (les animal spirits chers à Keynes) et leur esprit moutonnier faisant le reste.

Il restait à convaincre une Allemagne réticente à augmenter sa dépense pour mieux partager les chances de reprise en Europe. Hé bien, si la coalition au pouvoir à Berlin tarde à acquiescer, les syndicats pourraient y faire avancer les choses. Ils sont en tout cas de plus en plus nombreux à réclamer de substantielles hausses de salaires et multiplient pour cela les «grèves d’avertissement» : IG Metall en mai, mécaniciens de la Deutsche Bahn samedi dernier, pilotes de Germanwings en août, et nouvelle (quatrième de l’année !) menace de grève chez leurs collègues de Lufthansa.

Les marchés (du capital, du travail), vous dis-je, ont toujours le dernier mot…

07:41 Publié dans Banques centrales, Croissance, Inflation/déflation | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | |

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