02/09/2014

Schröder, Blair, Hollande, même combat ?

De nombreux commentateurs hexagonaux suggèrent que leur pays devrait s’inspirer de l’Allemagne de Gerhard Schröder ou encore de l’Angleterre de Tony Blair pour réussir là où les gouvernements français successifs, socialistes ou non, ont échoué. Vrai ? Faux ?

Probablement un peu des deux. La France n’étant ni l’Allemagne ni l’Angleterre, ayant mieux résisté qu’elles quand la crise s’est déclarée (son PIB s’est rapidement redressé après 2009), peine aujourd’hui à s’extraire d’un creux conjoncturel qu’elle n’a connu que durant quelques trimestres. La référence aux expériences britannique et germanique n’a donc, sous cet angle-là, pas beaucoup de sens.


En revanche, il est vrai que les gouvernements socialistes de ces deux pays ont réussi à mener à bien des réformes structurelles que la France ose à peine formuler et encore moins mettre en œuvre. Tony Blair, et surtout avant lui Margaret Thatcher, ont eu le courage – soutenus certes par des majorités parfois réticentes mais finalement toujours acquises – de tenir tête à des syndicats cramponnés sur leurs acquis, et réussi à limiter leurs pouvoirs. En Allemagne, le chancelier socialiste a eu la sagesse (le flair ?) de s’appuyer sur un syndicaliste et membre du SPD, Peter Hartz, le directeur des ressources humaines de Volkswagen, pour faire passer sa vaste réforme de l’assurance chômage et de l’aide sociale («Hartz I-IV»), ce qui toutefois ne l’empêchera pas de perdre les législatives de 2005.

Imagine-t-on, en France, les syndicats grommeler mais en définitive accepter le moindre assouplissement d’un volumineux code du travail, revenir sur les 35 heures, réduire le nombre de contrats-types d’embauche ? Et avec eux les innombrables professions au bénéfice de protections particulières – des enseignants de la conduite de bateaux de plaisance à moteur aux podo-orthésistes en passant par les responsables d'établissement d'élevage d'animaux non domestiques, les restaurateurs de musées, les distributeurs de produits antiparasitaires et les chauffeurs de taxi – renoncer à leurs rentes de situation ? Bref, l’alliance de circonstance entre syndicats peu représentatifs (mais bénéficiaires, financièrement parlant, du statu quo) et une foultitude d’artisans et de représentants de professions curieusement dites libérales, a jusqu’ici toujours conduit à l’échec et barré la route à la moindre réforme substantielle des rigidités qui enferment l’économie française dans un véritable carcan et l’empêchent de s’adapter au monde moderne.

On ne voit pas encore très bien d’où pourrait venir le choc qui serait assez rude pour secouer l’édifice et faire enfin admettre à ce pays pourtant le mieux pourvu en ressources naturelles, scientifiques et culturelles que sa réussite est à portée de main, pour peu qu’il se débarrasse enfin de son pesant héritage socialo-syndical. Peut-être lui faudra-t-il d’abord toucher le fond, risquer de perdre sa place de moteur numéro deux de la construction européenne, avant de rebondir à son tour. 

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