19/08/2014

Banques systémiques : et de quatre !

Depuis le 16 juin, la Suisse compte quatre entités financières «d’importance systémique» : les deux grandes banques, la banque cantonale de Zurich (ZKB), et désormais le groupe Raiffeisen, qui devra par conséquent prendre les mesures nécessaires prévues par la loi sur les banques, en particulier renforcer ses fonds propres et disposer de liquidités suffisantes.


Curieuse situation à vrai dire. S’il n’y a pas l’ombre d’un doute qu’une UBS, un Credit Suisse voire la ZKB présentent un risque systémique en ceci que leur éventuelle défaillance engendrerait un blocage complet du système bancaire et par cascade de l’économie dans son ensemble, on voit mal que les ennuis de l’une ou l’autre des 316 caisses – dénommées à présent banques – coopératives Raiffeisen, essentiellement actives dans le crédit hypothécaire (plus de 80% de leur bilan consolidé contre, par exemple, 60% pour l’ensemble des banques cantonales), puissent considérablement gêner les autres acteurs du secteur, a fortiori la totalité de l’activité nationale.


Mais peut-être est-ce justement cette concentration sur le seul terrain hypothécaire qui aura amené la Banque nationale suisse à inclure Raiffeisen dans le cercle restreint des banques visées par le chapitre V de la loi sur les banques. Encore plus que la part de marché que le groupe Raiffeisen détient aujourd’hui sur ce terrain-là, c’est sa progression qui est frappante. En vingt ans, cette part est passée de 7% à 16%, quand celle des banques cantonales ne variait pratiquement pas (35%), et que celle des grandes banques revenait de 39% à 30%.


Que des banques coopératives, essentiellement locales, certes assistées par une structure faîtière très professionnelle, au bénéfice de surcroît d’une image favorable auprès du public, puissent ainsi doubler en l’espace de quelques années les acteurs jusqu’ici clés du crédit bancaire en général et des prêts hypothécaires en particulier, conduit forcément à penser qu’elles n’ont pu réaliser pareille performance qu’au prix de marges réduites et donc d’une rentabilité inférieure à la moyenne. Qu’au surplus cette faible rentabilité s’accompagne d’une concentration des risques sur une seule activité dépassant les quatre cinquièmes du total du bilan devait conduire un jour ou l’autre l’autorité de surveillance à réagir, ce qui est fait.

 

Outre que le groupe Raiffeisen, en tant qu’acteur majeur du système bancaire, est désormais surveillé de près, on ne peut s’empêcher de penser que son inscription au club des entités d’importance systémique est aussi une manière, pour la BNS, de renforcer par la bande son dispositif de freinage de la demande sur un marché immobilier encore tendu. Deux précautions, après tout, valent mieux qu’une.

07:06 Publié dans Banques suisses, suisse | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | |

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