11/08/2014

Fort dépourvue quand la bise fut venue…

C’est, refrain connu, lorsqu’on en a le plus besoin que l’argent vient à manquer. Et Genève n’échappe pas à la règle : jamais les besoins d’investissement n’y ont été aussi élevés, et c’est au moment où l’on entreprend sérieusement de les satisfaire (CEVA, PAV, traversée de la rade, musées, logements sociaux…) que la dette publique atteint des sommets : près de 14 milliards entre canton et communes à fin 2012, soit quelque 31'000 francs par habitant. A part Bâle-Ville qui fait presque aussi «bien» (24'700 francs), aucun autre canton n’approche un pareil endettement.


Si Genève est le canton le plus endetté de Suisse, avec une dette brute par habitant huit fois supérieure à celle de Zurich, il faut remarquer que la détérioration de ses comptes publics ne date pas de la crise immobilière des années 1987-93, ni du repêchage de sa banque cantonale, puisqu’il y a progression régulière de la dette depuis 1970 au moins.

Par ailleurs, l’augmentation des dépenses publiques – toujours calculées par habitant – au cours de la dernière dizaine d’années recensées (2003-2011) n’y est pas, avec +9%, beaucoup plus forte que dans l’ensemble des cantons (+6%), une petite douzaine d’entre eux, y compris les deux Bâle et Zurich, ayant enregistré une hausse plus importante. Mais ce sont surtout les dépenses d’enseignement, de santé et de prévoyance qui s’y maintiennent à des niveaux incomparablement plus élevés qu’ailleurs. Par habitant, Genève dépense ainsi plus de 4700 francs au titre de la prévoyance sociale, alors que la moyenne suisse s’établit à 2600 francs, et que Vaud, Berne et Zurich n’atteignent même pas les 3000 francs. Et en matière d’enseignement, avec presque 5500 francs par habitant, contre une moyenne suisse de 3800 francs, Genève n’est dépassé que par Bâle-Ville (6600 francs).

Comment, dans ces conditions, faire face aux besoins criants d’investissement en infrastructures de toute sorte ? Il suffirait, suggéreront certains, d’augmenter les impôts, d’autant que Genève les avait allégés il y a quelques années pour des motifs certes légitimes mais sans doute inopportuns du point de vue de l’état des finances cantonales.

Il est vrai que la charge fiscale qui pèse à Genève sur les personnes physiques n’est pas spécialement élevée, sauf pour les contribuables à gros revenus. En revanche, le canton impose lourdement les sociétés, à l’exception notoire des régimes spéciaux aménagés pour certaines catégories d’entreprises étrangères. Or on sait qu’il faut s’attendre à plus ou moins brève échéance à la disparition de ces régimes spéciaux, et que l’alignement vers le bas des barèmes d’imposition pour l’ensemble des entreprises qui devrait en résulter entraînera un manque à gagner de plusieurs centaines de millions de francs, au moment même, encore une fois, où ce sont au contraire des recettes supplémentaires qu’il faudrait dégager pour financer les besoins de rattrapage qu’on vient d’évoquer. Dilemme ! Car si Genève n’investit pas, ou tarde à investir, c’est toute l’attractivité de sa place économique, déjà en train de se faire malmener, qui se retrouverait mise en cause.

On ne voit donc pas très bien comment Genève pourra s’en sortir sans, d’une part, augmenter encore son endettement et, d’autre part, réduire ses dépenses de fonctionnement. Au travail !

06:08 Publié dans Dette, Genève | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | |

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