29/07/2014

22 juillet 1944: Fixes ou flottants, les changes dérangent

L’anniversaire de la signature des accords de Bretton Woods, le 22 juillet 1944, est l’occasion de revenir sur la question, qui ne cesse de faire débat, de la nature idéale du système de changes. Vaut-il mieux des changes fixes, tels que le monde les a connus entre 1945 et 1973, ou des changes flottants comme les préconisait Milton Friedman et sous l’empire desquels nous vivons – plus ou moins – depuis lors ? Plus ou moins, car les monnaies n’ont pratiquement jamais flotté librement, sinon le franc suisse, et encore, puisque la BNS l’a solidement arrimé à l’euro.


La faille majeure du régime de l’étalon de change-or était la latitude totale laissée au pays centre, les Etats-Unis, d’aligner les déficits extérieurs sans que ses réserves officielles n’en souffrent, puisque les pays excédentaires, au lieu de demander le remboursement des dollars qu’ils accumulaient en contrepartie, les stockaient au motif que le dollar était «aussi bon que l’or». Le système a fini par exploser sous l’effet du gonflement sans limite de la liquidité internationale qui en a résulté, et les monétaristes ont eu beau jeu de dénoncer un régime de changes fixes découplé de toute discipline. Savoir : obligation pour les pays déficitaires d’accepter la contraction du bilan de leur banque centrale et donc de leur masse monétaire intérieure, symétrique de la dilatation de celle-ci dans les pays excédentaires. C’est ainsi que, sous l’étalon-or, les balances se rééquilibraient, par l’effet de la déflation infligée aux premiers, respectivement de l’inflation encourue par les seconds. Avec l’étalon de change-or, il n’y avait plus de symétrie, mais uniquement de l’inflation partout, et aucun rééquilibrage des balances des paiements.

Les changes flottants, eux, étaient censés rendre les réserves officielles inutiles, le rééquilibrage des comptes extérieurs s’opérant directement via l’ajustement des taux de change. Mais pour que les monnaies fluctuent librement, il aurait fallu que les pays excédentaires acceptent de voir les leurs s’apprécier sans limite (les pays déficitaires n’ayant de leur côté pas beaucoup de raisons de s’opposer à la dépréciation de leur taux de change). Or non seulement il n’est politiquement agréable à aucun pays d’assister à la revalorisation constante de sa propre monnaie, mais encore il a été démontré que, passé un certain point, les variations des taux de change tendaient à s’emballer et conduisaient à des phénomènes d’«overshooting» (Dornbusch).

Bref, l’expérience de changes fluctuant plus ou moins librement n’a guère convaincu son monde, les uns accusant les autres (la Chine) de laisser filer leur monnaie à seule fin d’aider leur industrie d’exportation, et des pays structurellement excédentaires (la Suisse par exemple) finissant par s’opposer à l’appréciation constante de leur monnaie.

Ainsi donc, fixes ou flottants, les changes dérangent, et l’on se met à rêver, sinon d’un retour à l’étalon-or, du moins à un système qui évite les crises monétaires à répétition. Système, cela va sans dire, qui n’existe pas. Autrement, cela se saurait.

06:11 Publié dans Monnaie, Or | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | |

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