22/07/2014

Franc suisse surévalué ? Pas tant que ça…

Depuis une vingtaine d’années, la Banque des Règlements Internationaux (BRI) estime les taux de change effectifs des monnaies des principales économies de la planète, remontant pour certaines d’entre elles jusqu’à 1964. La formule est un brin compliquée : les taux de change effectifs nominaux sont calculés à partir des moyennes géométriques des taux de change bilatéraux pondérés par l’importance des échanges commerciaux. La BRI calcule également les taux de change effectifs réels, c’est-à-dire ajustés par les prix relatifs à la consommation, pour tenir dûment compte des effets de l’inflation.

Les résultats, pour la Suisse, sont assez étonnants. 


Entre le début de la série, il y a maintenant une cinquantaine d’années, et le dernier relevé mensuel disponible, le taux de change effectif du franc a été multiplié presque par quatre, son indice passant de 30.35 en janvier 1964 à 114 pour juin 2014. La base de référence étant 2010 = 100, on en déduit aussitôt que le gros de la revalorisation du franc a dû se produire avant cette année-là. De fait, le franc a connu deux période de forte appréciation : en 1977-78 (+45%), et entre 2008 et 2010 (+25%), avant la flambée du début août 2011 qui a fait grimper l’indice de son taux de change effectif à plus de 124, et conduit la BNS, quelques semaines plus tard, à arrimer le franc à l’euro, au cours plancher de 1.20 franc pour un euro.

Depuis lors, le franc s’est stabilisé dans le sillage d’un euro lui-même légèrement affaibli, ce qui n’empêche pas bon nombre d’acteurs économiques à continuer de se plaindre d’un franc à leurs yeux toujours surévalué. La BNS elle-même, d’ailleurs, considère que le franc demeure exposé à des pressions qui le maintiennent «à un niveau élevé».

En revanche, si l’on considère son taux de change effectif réel, le franc est demeuré étonnamment stable depuis au moins 2008, et ne s’est que modérément apprécié en cinquante ans, puisque son indice réel n’a passé que de 70.42 en janvier 1964 à 105.16 en juin 2014. Et depuis son sommet d’août 2011 (120.47), cet indice a même reculé de plus de 12%.

Tout est donc très relatif, et si le sentiment demeure que le franc est trop cher, c’est moins sa longue histoire de monnaie forte qui en est la cause, que le fait qu’on oublie volontiers tout ce que l’on doit à l’absence d’inflation. Qui croirait, en effet, que les modestes augmentations de salaire d’aujourd’hui, ou le bas niveau des taux d’intérêt actuels, dépassent en réalité leurs niveaux des années 70 et 80, quand les salaires progressaient gaillardement de 6% l’an, et que les taux hypothécaires en premier rang dépassaient au bas mot les 5% …

Les illusions monétaires ont décidément la vie dure.

07:14 Publié dans Monnaie | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | |

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