15/07/2014

Est-ce le calme avant la tempête

Drôle de tableau que celui de l’économie d’aujourd’hui. Sept ans après la crise qui a tout déclenché, la conjoncture se redresse mollement quand on espérait enfin un retour de la croissance. L’investissement ne redémarre pas et la consommation se tient coite. Les experts inventent d’ailleurs d’étranges concepts : ceux de l’OCDE parlent d’une «dynamique de croissance stable» à propos d’indicateurs qui frémissent de part et d’autre de l’horizontale ; la BRI, dans son dernier rapport annuel, décrit une économie mondiale «à la recherche d’une nouvelle boussole», depuis que la crise, après avoir «projeté une ombre longue sur le passé, […] jette une ombre longue sur l’avenir». C’est dire le désarroi de ceux dont on attendrait quelques lumières pour comprendre ce qui nous arrive.

De fait, nous marchons sur un terrain entièrement inconnu, tant les politiques menées pour éviter le pire sont sorties de l’orthodoxie, avec des effets totalement paradoxaux.


Alors que l’appareil bancaire nage dans les liquidités, des segments de marché très particuliers cessent brièvement de fonctionner, comme celui de certains repos (repurchase agreements). On imaginait les banques dûment recapitalisées à force d’empilements de contraintes réglementaires, quand tout aussi soudainement l’une ou l’autre, portugaise en dernier lieu, avoue des pertes jusqu’ici dissimulées. Du coup, se demande-t-on, combien y a-t-il encore de banques zombies en Europe ? Davantage, sans doute, que ce qu’il s’en dit officiellement.

Et puis il y a, des taux d’intérêt quasi nuls aidant, ces bulles spéculatives qui gonflent mais n’éclatent pas. Les Bourses d’abord, proches de leurs records historiques ou même plus hautes qu’eux avant d’en être légèrement revenues. L’immobilier ensuite, qui alarme le gouverneur de la banque centrale au Royaume-Uni et demeure en Suisse sous surveillance malgré quelques signes d’apaisement. Les cours du pétrole enfin, qui vont et viennent au gré des risques de guerre et des variations des stocks américains. Quant à l’or, baromètre de toutes les incertitudes, il passe depuis un an de pic en creux et vice versa, à peu près à mi-chemin entre son plus bas de 2008 et son plus haut de 2011.

Mais dans l’ensemble, comparé au plus gros de la crise, c’est un calme presque plat qui règne partout, sur fond d’activité inerte et de chômage – l’exception suisse, soit dit en passant, confirmant la règle. D’où la question, qui brûle les lèvres : est-ce le calme avant la tempête, ou les prémices d’un long hiver conjoncturel ? Tournons-nous vers les experts : les «récessions de bilan» (cet autre concept déroutant), nous expliquent-ils, ont ceci de propre en comparaison des récessions habituelles qu’elles coûtent cher et réagissent peu aux médications traditionnelles. Mais encore ? Eh bien justement, concluent les mêmes, c’est une nouvelle boussole qu’il nous faut…

07:58 Publié dans Air du temps, Banques, Banques centrales, gouvernance | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | |

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