01/07/2014

Le pot de miel de la prévoyance

Un vieux et sage principe de politique économique veut qu’on ne puisse viser plusieurs objectifs avec le même instrument. Cette impossibilité de courir plusieurs lièvres à la fois, qui vaut pour la politique monétaire par exemple (une banque centrale ne peut à la fois fixer le taux de change et le taux d’intérêt, sauf à contrôler les mouvements de capitaux), vaut aussi pour la prévoyance. C’est donc un simple retour à la logique qu’envisage le Conseil fédéral en proposant de ne plus autoriser, sauf cas exceptionnels, l’utilisation du 2e pilier pour faciliter l’accession à la propriété. Les fonds accumulés sur les comptes des assurés doivent servir à financer leurs rentes futures, et non pas simultanément – ou plus exactement : en lieu et place – les aider à acquérir leur propre logement.


La suggestion de l’autorité s’inscrit en l’occurrence dans son souci de corriger l’évolution problématique des dépenses au titre des prestations complémentaires, qui ont plus que doublé entre 1998 et 2012 à cause justement (entre autres raisons, car il y en a d’autres) des retraits anticipés de capital autorisés par la LPP actuelle. Il tombe en effet sous le sens que des rentes ainsi diminuées réduisent les chances des retraités de subvenir à leurs besoins, et entraînent quasi mécaniquement un recours aux prestations complémentaires.

On peut bien sûr arguer que l’acquisition même coûteuse de son propre logement est un bon moyen de préparer sa retraite. Mais alors qu’une rente est sûre et son montant prévisible, un bien immobilier doit être considéré à plusieurs égards comme un actif risqué, car peu ou même pas du tout diversifié, rarement réalisable au moment où il le faudrait, et peu fongible c’est le moins qu’on puisse dire. Il est en tout cas peu à même d’aider son possesseur dont c’est souvent le seul patrimoine à faire face aux dépenses du grand âge, ou à s’acquitter d’impôts que l’Etat s’ingénie parfois à relever.

Et comme si cela ne suffisait pas à en faire le procès, il y a d’autres inconvénients, en l’occurrence collatéraux, à ce genre d’usage anticipé des fonds du 2e pilier. Primo, il amplifie une demande déjà excédentaire sur un marché immobilier qu’il faudrait plutôt chercher à détendre. Secundo, il fragilise encore davantage les catégories de primo-accédants à la propriété les plus exposées à un retournement du marché, celles précisément qui doivent racler leurs fonds de tiroir pour réunir suffisamment de fonds propres. Enfin, tertio, les retraits de capitaux du 2e pilier transfèrent sur ceux qui y recourent des risques jusqu’alors mutualisés.

Mais comme tout magot, celui du 2e pilier attise les convoitises, et l’opposition au projet de réforme grandit au prétexte (au demeurant assez singulier) que «rien ne prouve» l’existence d’un lien entre retraits en capital et recours aux prestations complémentaires…

05:17 Publié dans Capital, Financement des retraites, Finances publiques, Immobilier | Lien permanent | Commentaires (2) | |  Facebook | | |

Commentaires

Une fois de plus, nos élus bricolent.
Je commence sérieusement à me poser des questions sur la compétence de ces gens-là.

Commençons par le début.
L'accession aux prestations complémentaires est réglementé de sorte que ceux ayant retiré leur 2 pilier et l'ayant dépensé n'y accèdent pas.
L'argument ne tiens donc pas debout, c'est un "false flag".

L'opportunisme de la mesure qui vise en premier lieu d'empêcher une bulle immobilière me parait plus qu'évident.

Ayant fait mes calculs il y a déjà plus de 20 ans, il ressort clairement que payer une hypothèque revient moins cher qu'un loyer.
Donc l'argument selon lequel le rendement n'est pas garanti tombe à l'eau.

Tout bien immobilier en Suisse, peut être vendu dans des délais courts, tout en réalisant une plus value conséquente étant donné sa rareté.

En parlant de marché immobilier, il faut tenir compte également du manque de terrains à bâtir dû à l'exiguïté de la Suisse, coincée entre les lacs et la montagne.
Pour nos voisins français, les banques offrent 110% de la valeur du bien immobilier à acquérir, sans pour autant que cela pose un problème.
C'est ainsi que l'on encourage un marché et ce n'est pas pour rien que l'on dit : quand le bâtiment va, tout va.

A mon avis, le second pilier n'a aucune raison d'exister.
En effet, il serait plus simple d'augmenter le taux de cotisation vers le premier, que d'instituer un second.

Ce procédé me semble être un autre système d'extorsion de fonds, une espèce de prévoyance à la sauce suisse.
LAMAL, second pilier, je commence à m'habituer.

Pour un pays qui se dit libéral et capitaliste, il me semble que nous en sommes loin.

Écrit par : Victor-Liviu DUMITRESCU | 01/07/2014

Je suis parfaitement d'accord avec Victor-Liviu DUMITRESCU.

De plus, les personnes qui possèdent leur propre appartement n'ont pas de loyer à payer, si ce n'est les hypothèques tant qu'il ne leur appartient pas encore ou les frais d'entretien de l'immeuble.

Quelqu'un pourrait-il calculer à combien s'élève le montant des loyers payés par les prestations complémentaires à perte, à longueur d'années ?

C'est un non-sens économique pour moi. De l'argent qui part dans un vide bien organisé pour faire croire au contribuable qu'il peut mettre son argent à la poubelle et au cotisant qu'il n'a pas droit à bénéficier de ses économies tout en payant les immeubles en marbre de carrare de leurs caisses.

Il n'y a strictement rien de rationnel dans tout ceci.

Écrit par : Jmemêledetout | 01/07/2014

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