25/06/2014

Raiffeisen: l’ivresse des hauteurs

Il était une fois un réseau de caisses locales, paisibles, villageoises, qui recueillaient les menues économies de leurs sociétaires et leur accordaient en échange des prêts à des conditions préférentielles. Ces structures campagnardes, associées depuis 1902 au sein d’une Union Suisse des Caisses Raiffeisen, suivaient assez docilement la progression du marché hypothécaire helvétique, mais avec une constance qui devait les conduire, avant le tournant du siècle, à une part de marché approchant peu à peu les 10% (7,3% en 1993, 9,4% en 1997, 10,5% en 1999).


Ces caisses – désormais banques – Raiffeisen, qui mettront un demi-siècle pour atteindre leur premier milliard de francs de total de bilan (soit 3,4% de l’ensemble des banques suisses en 1951), forment aujourd’hui le troisième groupe bancaire helvétique, assez loin derrière les deux grandes banques, mais bien devant la banque cantonale de Zurich, et d’une bonne demi-longueur devant Postfinance, qui, pour rappel, vient d’obtenir (juin 2013) sa licence bancaire. Surtout, sa part du marché hypothécaire dépasse désormais les 16%, et même 20% pour les seuls actifs en comptes suisses.

La force du groupe, c’est essentiellement la densité de son réseau d’agences, rivalisant presque avec celui des guichets postaux, mais c’est également sa structure régionale décentralisée, faite d’un peu plus de 300 banques juridiquement indépendantes. Serait-ce aussi sa forme coopérative qui – comme ailleurs en Europe, où les banques coopératives ont en général bien tenu le coup – l’aurait protégé des excès et des crises de toute sorte ayant sanctionné les institutions financières classiques ?

On voudrait le croire, tant ses dirigeants ne manquent jamais de le rappeler. Pourtant le groupe enchaîne depuis peu les hardiesses, entamant en octobre 2004 un partenariat avec le zurichois Vontobel pour la gestion et la distribution de produits de placement, mettant ensuite la main sur la banque Notenstein (l’ancienne Wegelin), et résiliant aujourd’hui son contrat de coopération avec le premier nommé pour se lancer dans une co-entreprise avec Avaloq. Toutes opérations ayant manifestement pour but d’extraire le groupe de sa dépendance, encore trop exclusive, des affaires hypothécaires.

De fait, en raison de sa forme coopérative précisément, qui l’empêche de recourir au marché des capitaux pour accroître ses fonds propres (le Tribunal fédéral vient de lui interdire l’émission de bons de participation), Raiffeisen finance sa croissance surtout par la marge, encore confortable, que lui procurent les différences d’intérêts et les commissions liées aux affaires hypothécaires. D’où un activisme, sur ce marché du crédit gagé par de l’immobilier, qui ne laisse pas indifférentes les autorités de surveillance, et oblige à se demander si ses dirigeants ne sont pas, quelque part, saisis par l’ivresse des hauteurs.

Certes le groupe continue, malgré deux légers abaissements par Moody’s en 2011 et 2013, de bénéficier de l’une des meilleures notes des banques suisses, avec Aa3. Mais il est régulièrement épinglé au chapitre des risques de taux d’intérêt dans les rapports de la Banque nationale suisse sur la stabilité financière (2010, 2011, 2014). Une certaine modération de sa croissance – et de ses ambitions – serait donc, sans aucun doute, bienvenue.

08:41 Publié dans Banques suisses, Concurrence, suisse | Lien permanent | Commentaires (1) | |  Facebook | | |

Commentaires

c'est quand même étrange que l'on veut absolument parler d'un groupe alors qu'il s'agit d'un magma de caisses locales sans lien juridique entre elles.
Pas de participation croisées, pas de responsabilité entre elles. pas de compta commune, pas de consolidation.
Certes des services à l'ensemble des caisses mais c'est tout
alors il est ou le groupe ?

Écrit par : pralong | 25/06/2014

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